"Un jour il faisait 0 degré et il avait gelé dans ma tente" : être payé pour faire la file, le nouveau job en vogue

Le quotidien The Guardian met en lumière le job de Robert Samuel, un ancien vendeur de téléphone à New-York qui a tout quitté pour être payé à faire la queue dans des files d'attente à la place des autres.

A.M
"Un jour il faisait 0 degré et il avait gelé dans ma tente" : être payé pour faire la file, le nouveau job en vogue
©Shutterstock

Le quotidien The Guardian est allé retrouver Robert Samuel, un ancien vendeur de téléphones âgé 46 ans, à 5 heures du matin, sur Times Square, où d'immenses panneaux d'affichage numérique n'en finissent pas d'éclairer le ciel, illuminant les pâtés de maisons de Midtown.

Ce dernier ne se sentait plus à l'aise dans son travail et a dès lors décidé d'entreprendre un changement de carrière pour le moins original. En effet, son nouveau travail consiste désormais à faire la queue pour d'autres personnes, pour la plupart fortunées, pour des événements qui attirent les foules et dont les files sont extrêmement longues.

Outre les événements culturels, Samuel peut aussi faire la file pour la sortie du dernier iPhone. Plus étonnant encore, l'homme, qui a désormais monté une entreprise, a récemment été payé par deux organes de presse afin de se poster au meilleur endroit plusieurs jours avant le procès de l'affaire Epstein.

Les longues files ne font pas peur à ce New-Yorkais de 46 ans qui, par tous les temps, debout, assis ou couché dans sa petite tente, attend que l'heure tourne afin d'être l'un des premiers à se présenter devant le commerce pour réussir la mission pour laquelle il est envoyé. "Un jour il faisait 0 degré et il avait gelé dans ma tente, c'était l'enfer" explique-t-il alors qu'il faisait la queue pour la comédie musicale Hamilton.

"L'attente a duré quatre, peut-être cinq jours", se souvient Robert Samuel. "On facturait 5.000 dollars pour deux billets. Mais par rapport au prix d'un billet en revente, nous étions la meilleure offre en ville", se félicite-t-il.

Près de 80.000 dollars par an

Avant la pandémie, ce travail permettait à Samuel de gagner jusqu'à 80 000 dollars par an. Ce travail met toutefois en lumière certains aspects les plus déplaisants de la société. Samuel explique que le pire aspect de son travail, c'est le racisme dont lui et son équipe, dont beaucoup sont noirs et latinos, ont fait l'expérience.

Robert Samuel ne voit toutefois pas que des inconvénients dans son job assez spécial. "L'un des avantages de la file d'attente a été de me faire redécouvrir un amour pour le théâtre", explique l'homme qui est originaire de Brooklyn et qui pouvait se permettre que trop rarement d'aller voir une comédie musicale à Broadway.

Cette année, cela fait 9 ans que Samuel fait ce métier et son entreprise n'arrête pas de grandir. Les demandes étant de plus en plus fortes depuis le retour à la vie normale.

Un phénomène qui rappelle de très anciennes formes de travail

Interrogée par The Guardian, Sarah Damaske, professeure de sociologie et spécialiste de l'histoire du travail à l'Université d'État de Pennsylvanie, juge que ce type de travail est lié aux inégalités socio-économiques.

"À mesure que nous constatons des inégalités de revenus vraiment extrêmes, cette capacité à sous-traiter les tâches personnelles devient de plus en plus possible", déclare la professeure dans les colonnes du Guardian.

"Lorsque le salaire minimum stagne depuis aussi longtemps, il devient alors concevable pour quelqu'un qui se trouve à une extrémité [du système] d'acheter la force de travail de quelqu'un qui se trouve à l'autre extrémité."

Les derniers annonces avec LOGIC-IMMO.be