Alcool interdit en camp scout : "C’est complètement illusoire", selon un alcoologue

L’alcoologue Martin de Duve juge la décision "contre-productive" et "un peu courte".

Alcool interdit en camp scout : "C’est complètement illusoire", selon un alcoologue
©BELGA

Martin de Duve, alcoologue, spécialiste des assuétudes et à l’initiative du réseau "Jeunes, alcool & société" en Belgique francophone, n’est pas convaincu par la décision prise par quatre bourgmestres wallons, qui ont interdit la consommation d’alcool pour tout camp de mouvement de jeunesse tenu sur le territoire de leurs communes respectives : Florenville, Bouillon, Andenne et Chiny.

Interdire l’alcool en camp scout, une bonne solution ?

"Non. Cette interdiction est complètement illusoire dans la mesure où l’alcool est omniprésent dans notre société. En tant que spécialiste des assuétudes, je fais régulièrement des interventions en mouvements de jeunesse et je suis confronté à des jeunes qui réfléchissent. Bien sûr, cela ne veut pas dire qu’il n’y a jamais de dérapages, lorsque des leaders emmènent le groupe vers des consommations plus importantes, mais il faut d’abord faire confiance, donner confiance et apprendre aux jeunes à redonner une juste place à l’alcool."

Elle se situe où, cette "juste place" ?

"La juste place de l’alcool dans les mouvements de jeunesse, c’est tout d’abord : pas d’alcool pour les animés. Pour les animateurs, on peut comprendre qu’ils puissent avoir envie de débriefer la journée autour d’une bière, lors d’un moment de convivialité. Si l’alcool vient s’inscrire dans ce camp uniquement de manière légère, ce n’est pas un problème. En revanche, dès l’instant où l’alcool prend une place centrale, où il fait l’objet de jeux à boire tous les soirs, on tombe alors dans un rapport problématique à l’alcool. C’est pour cette raison qu’il faut pouvoir ouvrir régulièrement des espaces de dialogue au sein des mouvements de jeunesse."

Des éléments extérieurs à la vie du camp scout peuvent-ils parfois venir perturber ce subtil équilibre à trouver ?

"Oui, cela peut se produire. Je songe en particulier aux intendants qui ne font que passer durant un camp scout. C’est un phénomène qui rend les choses compliquées : lorsque l’on a vingt ans, que l’on retrouve ses amis pour deux ou trois jours pour faire la cuisine dans un camp, on n’a pas la même implication que les animateurs qui s’investissent sur le long cours. Il peut donc arriver que des intendants débarquent avec un coffre rempli d’alcool et qu’ils poussent socialement les autres à surconsommer. C’est un phénomène que les staffs mentionnent régulièrement. D’où l’importance, j’en suis convaincu, de mieux sensibiliser aussi aux risques de l’alcool les intendants de passage."

Cette décision prise par quatre bourgmestres wallons, que dit-elle de notre société, de nos jeunes et de notre rapport à l’alcool ?

"Cette décision me semble contre-productive. Je la regrette. C’est un peu court de penser que l’on va solutionner un problème de fond en deux coups de cuillère à pot. Une fois de plus, cela augmente le hiatus entre les jeunes et les adultes, comme si les jeunes étaient responsables de tous nos maux. Cela brise notre capacité à entrer en dialogue et en prévention sur cette question. Il n’y a pas si longtemps encore, un grand groupe de bières bien connu faisait la promotion de "trois bacs + un gratuit pour les scouts". Ce sont des pratiques de marketing ignobles et irresponsables qui sont le fait d’adultes et non de jeunes. Bien sûr qu’il y a des responsabilités individuelles, je ne le nie pas, mais je pense que le curseur de la responsabilité doit être remis sur la société. C’est une question de responsabilité collective, celle de l’État donc, de la publicité mais aussi celle des médias."

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