Le travailleur belge est plus productif que le Français, l’Allemand ou le Néerlandais mais son salaire ne suit pas

La productivité a plus augmenté en Belgique que dans n’importe quel autre pays voisin, à l’exception de l’Allemagne.

©Belga

Dans son baromètre socio-économique annuel, la FGTB (Fédération générale du travail de Belgique) a mis en lumière plusieurs éléments essentiels au-delà des chiffres bruts du taux d’emploi. Si la crise économique actuelle plonge certaines entreprises dans de grandes difficultés, le catastrophisme des fédérations patronales sur l’état général des entreprises est surfait, d’après la FGTB. Premier constat, la productivité y a plus augmenté que dans n’importe quel autre pays voisin, à l’exception de l’Allemagne, où elle a augmenté.

D’après le rapport, le salarié belge travaille même 11 % d’heures de plus par an que ses homologues allemands, néerlandais et français et le taux d’emploi par ETP y est également plus élevé.

La productivité et les salaires
La productivité et les salaires ©IPM Graphics

"Il y a également un élément qui influence assez bien les résultats en termes de productivité (on parle ici de la productivité apparente de travail) en Belgique, c'est notre très bon système de chômage partiel, qui est meilleur qu'ailleurs, c'est pour cela que le nombre d'heures de travail a chuté en 2020 (elles étaient payées par l'Onem et non par l'employeur), pointe du doigt l'économiste Philippe Defeyt (Institut pour un développement durable). Quand on compare les heures de travail en Belgique par rapport à nos voisins européens, on voit bien qu'elles augmentent, ce qui signifie que notre économie se porte bien et tient la route, on en propose même plus qu'ailleurs, ce n'est donc pas ce que nous dit la Feb. Pour le reste, l'étude montre qu'en moyenne la productivité de l'économie marchande est plus importante que dans ces trois pays européens et qu'elle n'a cessé d'augmenter ces dernières années."

Le pouvoir d’achat ne s’est pas amélioré depuis 2008

Toutefois, la courbe des salaires ne suit plus celle de la productivité. En effet, depuis 1996, la productivité a augmenté beaucoup plus vite que les salaires. D’après la FGTB, les marges bénéficiaires des entreprises ont augmenté de près de 45 % depuis 1999 et la hausse de salaire horaire réel entre 2009 et 2021 a progressé de seulement 0,9 %. Après déduction de l’inflation, les salaires réels n’ont que très peu augmenté depuis la crise financière, contrairement à ce qui se passe dans les pays voisins. Selon le baromètre, le pouvoir d’achat en Belgique ne s’est donc pas amélioré depuis la crise financière de 2008, ce qui amplifie la pression sur les ménages, déjà durement touchés par la crise de l’énergie.

"Il y a un réel décrochage entre la hausse de la productivité et celle des salaires, note Philippe Defeyt. La marge brute des entreprises a augmenté ces dernières années, comme le montrent les chiffres révélés cette semaine par la Banque nationale, mais les salaires augmentent moins vite. Quand on parle de hausse de la marge brute, c'est le pourcentage qui augmente, ce qui veut dire que celui attribué aux salaires dans sa valeur ajoutée diminue. La Feb dit que les salaires sont plus élevés chez nous qu'à l'étranger, mais il faut les mettre en comparaison avec l'avantage lié à la productivité. D'ailleurs, il faut l'interpréter avec prudence en 2020-2021 car notre chômage partiel n'est pas le même que les autres."

Tout cela dans un environnement de travail où le bien-être des travailleurs est mis à rude épreuve en Belgique. Il y a en effet davantage de malades de longue durée (500 000) que de chômeurs (480 000). Sur le plan politique, le taux d'emploi de 80 % est devenu une obsession, d'après la FGTB. " C'est une aberration, déplore-t-elle. Pour l'atteindre, il faudrait remettre des personnes malades (ou victimes d'épuisement professionnel) au travail. Pour nous, il s'agit plutôt de créer des emplois de qualité. Si l'on regarde le nombre d'équivalents temps plein, la Belgique affiche d'ailleurs un taux d'emploi légèrement supérieur à celui d'un pays comme la Hollande, qui est souvent cité comme exemple à suivre."

"Il faut relativiser le handicap salarial dû à la hausse des coûts salariaux"

Ces dernières semaines, les fédérations patronales font le forcing auprès du gouvernement dans le but de diminuer les effets de la hausse des coûts liés à l'énergie et aux salaires. Ils ciblent notamment l'indexation des salaires, qui serait d'après eux en grande partie responsable de l'accroissement du handicap salarial, c'est en tout cas la position de la Fédération des entreprises de Belgique (Feb). "Certains observateurs disent que c'est à cause des salaires élevés en Belgique par rapport à des voisins européens que les entreprises doivent investir plus pour économiser de la main d'œuvre, mais honnêtement c'est une lecture dépassée de la situation, indique l'économiste Philippe Defeyt. Aujourd'hui, la compétition se fait de moins en moins sur cet arbitrage salaire-investissements que sur les produits en tant que tels."

Pour illustrer ce phénomène, il prend exemple sur Nobi, une entreprise belge spécialisée dans les technologies d'aide aux personnes âgées, qui opte pour une fabrication locale et s'appuie sur un produit innovant. Ce qui fait que, pour les entreprises de haute technologie, la fabrication est meilleur marché en Belgique qu'en Chine. L'autre exemple, c'est celui de l'entreprise belge Odoo, qui a pris l'habitude d'augmenter ses salariés au-delà de l'index, qui comptent des extras donc plus faibles qu'habituellement. "Je ne dis pas que les coûts salariaux n'ont pas d'importance, mais il y a d'énormes différences suivant le secteur, ajoute-t-il. Ce qui fait la force d'une économie aujourd'hui, c'est sa capacité d'innovation, sinon comment expliquer que l'économie danoise se porte aussi bien alors que les salaires y sont plus élevés que chez nous ? Il faut donc relativiser l'impact de cet handicap salarial. Certaines entreprises investissent par exemple dans le recyclage de batteries et le rapport entre travail et investissement dans ce genre de contexte n'a rien à voir avec le coût du travail, on choisit une technologie qui détermine le nombre de travailleurs et pas l'inverse".

Une réflexion qui doit bien évidemment être adaptée pour ce qui concerne les activités surtout orientées vers le marché intérieur, comme l’Horeca, les PME ou les boulangeries, qui sont plus durement frappés par la crise et rencontrent des difficultés à assumer l’indexation des salaires.

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