Cassie, 9 ans, en est malade. Sa maman va déposer plainte contre l’école.

Pour Cassie, c’est le grand chamboulement.

Un mois à peine après la rentrée, sa maman, Leslie Annoye, la change d’école.

Ce mardi matin, la petite fille de 9 ans a donc franchi, pour la première fois, les portes de l’Athénée de Jambes.

Elle souffre de constipation chronique. Elle ne va aux toilettes qu’une fois par semaine. Des prises de laxatifs et d’anti-reflux gastriques rythment son quotidien.

La veille encore, elle était inscrite au Lycée de Namur, aile fondamentale de l’Athénée Royal. Pour sa maman, il était vital que Leslie, élève en 4e primaire, quitte cet établissement.

En cause : un système mis en place, il y a un an, par une institutrice, visant à réguler les sorties en plein cours pour aller aux toilettes. Chaque élève a droit à cinq tickets par mois. Cassie suit aussi les cours d’une autre institutrice qui, elle, demande à ses élèves de ramasser dix papiers dans la cour chaque fois qu’ils quittent la classe.

"En février, ma fille a commencé à se plaindre de maux de ventre, explique la maman. Elle m’a dit qu’à l’école, elle n’allait jamais aux toilettes. Elle m’avait parlé des cinq tickets, mais je pensais que c’était pour une semaine. En fait, Cassie n’osait pas épuiser son stock de tickets. Ce n’est que quand la fin du mois arrivait qu’elle s’autorisait à en utiliser."

Visites chez le médecin, laxatifs et antidouleur n’améliorent pas la situation.

Une échographie détecte une présence anormale de selles dans l’intestin. Leslie n’obtient un rendez-vous chez un gastro-entérologue qu’au début d’octobre.

"Les intestins étaient bouchés. Pour ce spécialiste, il était clair que ce système de tickets n’était pas adapté à Cassie. Un peu par provocation, il a adressé une prescription à l’institutrice mentionnant 15 tickets par mois."

Leslie en parle à la directrice. Celle-ci lâche du lest : l’enfant pourra aller aux toilettes autant qu’elle le voudra. Mais le système est maintenu.

C’est là que Leslie décide de changer d’école. "Avec tout ça, je pense que Cassie serait devenue le mouton noir de la classe."

L’an dernier, la petite fille n’était dans la classe de cette institutrice que durant huit heures semaines. Pour cette année, c’est sa titulaire.

Il faut croire que ce système tickets à temps partiel aura suffi à définitivement bloquer l’enfant. Pour certains enfants, l’enjeu des toilettes à l’école est, il est vrai, un sujet stressant, voire angoissant (voir par ailleurs)…

La directrice, Carine Casimir, dit ignorer combien d’enseignants appliquent ce système dans son établissement.

Elle en défend toutefois le principe. "Bien sûr que si ça presse vraiment, on n’empêchera pas un élève de quitter la classe. Mais il y a des abus. Un copain sort, alors l’autre sort aussi. Et puis, on constate qu’il y a des dégâts dans les toilettes. Les élèves arrivent à 8 h 25. Il y a les pauses de 10 h et de midi. Et ils repartent à 15 h 30. Ils ne restent jamais longtemps sans avoir accès aux toilettes. Une limitation des sorties de classe permet aussi de leur apprendre à s’autogérer."

Leslie n’en démord pas : cette manière de faire n’est pas adaptée. "Je vais déposer plainte contre l’école et réclamer des dommages et intérêts. Pour protéger les autres élèves. Et parce que la santé de ma fille a été mise en danger."