Les enjeux climatiques et environnementaux devraient-ils être davantage intégrés dans les programmes de cours des jeunes Belges ? C'est en tout cas ce pour quoi plaide Education4Climate, qui vient de publier un rapport sur la mobilisation de l'enseignement supérieur pour la transition vers la neutralité carbone. La plateforme a analysé l'offre de cours et de formation de l'enseignement supérieur en Belgique : les programmes de 11 universités et de 19 hautes écoles ont été passés au peigne fin grâce à un algorithme développé spécialement pour l'occasion. Celui-ci permet d'examiner le titre et le descriptif des cours publiés sur les sites internet des établissements. Il est également capable de distinguer les cours qui sont spécifiquement dédiés à ces sujets de ceux qui les abordent uniquement. Au total, ce sont 88 863 cours différents qui ont été analysés pour l'année académique 2021-2022.

"Les résultats obtenus indiquent que l’offre d’enseignement sur ces enjeux est faible : seuls 12,5 % des masters universitaires et 6 % des formations des hautes écoles abordent vraiment ces sujets", note le rapport. Les données collectées par l'algorithme révèlent que moins de 5% des cours traitent des enjeux climatiques et environnementaux dans les universités, et à peine 2,2% dans les hautes écoles. Education4Climate va plus loin dans son analyse et précise que, dans les cours universitaires analysés, 3,28% d'entre eux abordent ces sujets parmi d’autres thématiques, tandis que moins de 2% leur sont dédiés.

"Ce constat est préoccupant, car il suggère que plus de la moitié des diplômés ne reçoit aucune formation, même la plus élémentaire, sur les enjeux climatiques et environnementaux", déclare François Collard, chef du projet Education4Climate. "Plus inquiétante encore est la concentration de l’enseignement de ces enjeux au sein de quelques filières, notamment scientifiques", ajoute-t-il. Pour Education4Climate, il est en effet essentiel de développer et décloisonner l’enseignement supérieur sur les questions climatiques et environnementales, et d’intégrer celles-ci rapidement dans le plus de formations possibles.

Actuellement, c'est au sein des facultés d'agronomie, des sciences, des sciences appliquées et d'architecture que les étudiants abordent le plus ces sujets. Dans les universités, 61,7% des cours abordant ces enjeux sont dispensés dans les facultés de sciences et de sciences appliquées. "Les étudiants sont donc inégalement formés aux enjeux climatiques et environnementaux, en dépit de leur caractère systémique impactant l’ensemble de la société", souligne Bart Corijn de la communauté belge du développement durable The Shift, partenaire de la plateforme.

Une attente de la part des étudiants

En amont de la publication de ce rapport, Education4Climate a mené une enquête auprès de plus de 600 étudiants belges. Pour 82% d'entre eux, le changement climatique est une source d'angoisse. Des résultats qui font écho à la publication, ce mardi 10 mai, de la cinquième enquête nationale climat. Celle-ci révélait en effet que le climat et les enjeux environnementaux sont la première préoccupation des Belges, devant la santé et la raréfaction des ressources.

Pour 65% des étudiants ayant répondu à l'enquête d'Education4Climate, les citoyens belges ne sont pas suffisamment informés des causes et des conséquences du changement climatique. Plus de huit répondants sur dix estiment que l'éducation est un outil prioritaire face à ces enjeux tandis que 60% d'entre eux considèrent l'éducation à ces enjeux comme un atout lors de la recherche d'un emploi.

Enfin, l'enquête révèle que près de neuf étudiants sur dix pensent que les universités doivent dispenser des modules d'enseignement sur le changement climatique. La possibilité de suivre des enseignements sur le changement climatique pourrait devenir un élément déterminant dans le choix d’une université pour la moitié des répondants.

Quatre pistes de réflexion

"Aucun débat contemporain n’est plus crucial que les enjeux climatiques et les causes environnementales", estime Bruno Colmant, qui a préfacé le rapport, qu'il considère comme "un texte combatif qui fera date". "L’important est aujourd’hui d’amplifier un travail de pédagogie partagée. Celui-ci passera par l’enseignement et ses parties prenantes", a-t-il assuré.

Face à ce constat, la plateforme Education4Climate propose quatre pistes de réflexion pour soutenir la transition et l'adaptation des formations du supérieur en Belgique : soutenir la formation des professeurs, recruter des "programme manager" pour piloter la transition, créer un observatoire et un centre de connaissance pour évaluer les progrès et s'assurer du partage des expériences et développer des formations continues sur les enjeux climatiques et environnementaux à destination des élus et des fonctionnaires.

"L’objectif de ces propositions est de poser une base de discussion et de débat avec les différents acteurs de l’enseignement supérieur", explique François Collard. Plus globalement, Education4Climate espère que ce rapport suscitera le débat sur l’importance du secteur de l’enseignement supérieur comme levier stratégique dans le contexte de la transition vers la neutralité carbone, et attirera l’attention des responsables académiques, des acteurs économiques et des responsables politiques sur l’importance d’intégrer l’enseignement supérieur dans les plans d’investissement pour la transition vers la neutralité carbone.

"Les 400.000 étudiants belges, les citoyens, et l’ensemble des secteurs ont besoin de connaissances et de compétences nouvelles pour comprendre les enjeux et résoudre les problèmes. Les responsables d’établissements, la communauté académique dans son ensemble, doivent se mobiliser pour décloisonner l’enseignement sur les questions climatiques et environnementales dans tous leurs aspects, et les intégrer massivement dans le plus de formations possibles, là où elles sont pertinentes", conclut le rapport, qui souligne la nécessité d'investissements verts dans l'enseignement. "Cela permettrait aux universités et aux hautes écoles de relever le défi de la transition vers une société neutre en carbone et durable."