Première mondiale: un primate est né génétiquement modifié

WASHINGTON L'étape est importante, même si du chemin reste à parcourir avant que l'homme puisse bénéficier des applications concrètes de cette percée scientifique. Il reste qu'ANDi contraction d'ADN inséré peut être qualifié de singe de l'espoir: premier primate génétiquement modifié, il dégage des perspectives prometteuses pour la mise au point de nouveaux traitement médicaux.

Né voici trois mois, ANDi est `très alerte et joue comme un bébé de son âge´, note le Dr Gerald Schatten, l'un des chercheurs auxquels il doit la vie. Né au Centre régional de recherche sur les primates de l'Université des sciences de la santé de l'Oregon (Portland Etats-Unis), le jeune singe rhésus a en fait été conçu au départ d'un ovule dans lequel a été inséré, avant fécondation, un gène supplémentaire. Un gène sans aucune activité particulière, mais qui a été spécialement marqué, afin de s'assurer que les différentes étapes de l'expérience suivaient parfaitement leur cours. Et, effectivement, la trace de ce gène a pu être décelée du début dans l'ovule à la fin dans l'organisme d' ANDi.

L'intérêt de l'expérience tient évidemment au fait qu'au lieu de recourir à un gène neutre, les chercheurs espèrent pouvoir, dans un proche avenir, faire appel à des gènes permettant la mise au point de nouveaux traitements à usage humain. Ainsi, un gène de la maladie d'Alzheimer aiderait à accélérer les recherches sur ce trouble.

`De cette façon, nous espérons combler le fossé scientifique existant entre les souris modifiées génétiquement (NdlR: le modèle de laboratoire actuellement privilégié) et l'homme´ et il serait alors `possible d'obtenir de meilleurs résultats avec un nombre réduit d'animaux, tout en accélérant la mise au point de traitements en médecine moléculaire", ajoutent les auteurs de ces travaux, publiés aujourd'hui dans la revue Science.

Au départ, les chercheurs ont modifié génétiquement 224 ovules. Fécondés, ces derniers ont fourni quarante embryons viables qui ont abouti à cinq grossesses. Trois singes sont nés vivants, mais ANDi était le seul à présenter une bonne intégration du gène marqueur.De fait, la thérapie génique laisse imaginer que l'on pourra un jour directement traiter, voire prévenir, par voie génétique, des affections comme le diabète, les maladies cardiovasculaires, le cancer du sein, le sida, la maladie de Parkinson ou encore celle d'Alzheimer.

D'ici là, `les singes comme ANDi nous permettront de déterminer rapidement et sans risque si les nouvelles thérapies sont sûres et efficaces", soulignent les spécialistes.