Les experts appellent au calme, les bouchers hurlent leur colère

BRUXELLES La décision, arrêtée mardi (voir nos éditions d'hier), de suspendre, dans de nombreuses écoles bruxelloises, la fourniture de plats préparés contenant du boeuf, a suscité de très nombreuses réactions durant la journée de mercredi.

Très en colère, les professionnels de la viande ont réagi avec une vigueur qui frisait, parfois, la violence verbale. Ainsi, la Fédération nationale de commerce de bétail, qui souligne que le boeuf distribué en Belgique est issu d'animaux blanc-bleu-belge très jeunes, `considère que toute mesure de protection supplémentaire relève de la démagogie et est une atteinte scandaleuse à l'image de marque de notre viande de boeuf.´

La Fédération nationale des bouchers, charcutiers et traiteurs de Belgique a pour sa part demandé à Magda Aelvoet, ministre de la Santé publique, de `clarifier avec fermeté´ la situation, `afin de tranquilliser la population´.

Précisément, un groupe d'experts, émanant du cabinet la Santé publique et de l'Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire, s'est réuni, hier après midi, pour se pencher sur ce dossier, à la lumière des rebondissements de ces derniers jours, en France comme en Belgique. Conclusion: `En ce qui concerne les cantines scolaires et les crèches, aucun élément scientifique nouveau ne justifie des mesures d'urgence.´

Pour établir cette affirmation, les spécialistes se basent sur un éventail d'éléments:

l'incidence de la maladie de la vache folle est relativement faible dans notre pays (dix-huit cas depuis 1997, dont huit pour l'année en cours);

depuis 1996, tous les animaux suspects sont testés au sein d'un réseau d'épidémiosurveillance;

aucun cas de maladie de Creutzfeldt-Jakob lié à la vache folle n'a été signalé en Belgique;


depuis février 1998, toutes les parties de bovin dont on a pu démontrer le caractère infectieux sont systématiquement incinérées;

depuis juillet 1994, l'alimentation des bovins ne peut plus contenir de farine animale provenant de mammifères. Un prochain arrêté interdira d'inclure des farines de cadavres de bovins dans l'alimentation d'autres espèces (volaille, porc, poisson).

Malgré ces indications rassurantes, un vent de panique a soufflé, ce mercredi, sur les écoles belges. Ainsi, le conseil communal de Liège se penchera, ce jeudi soir, sur le problème, alors que le bourgmestre de Woluwe-Saint-Lambert, Georges Désir, a décidé de suspendre, pour une durée de quinze jours, la présence de boeuf dans les repas scolaires. Une mesure similaire a été arrêtée dans deux écoles de Huy et un institut provincial à Verviers.

La commune de Gembloux a, elle aussi, décidé de jouer la carte de la prudence et de la prévention. Dominique Notte, le bourgmestre, a décidé que dès ce jeudi et jusqu'à la fin du mois, les plats à base de boeuf ne seront plus servis dans les quatorze écoles et les maisons de repos de l'entité. Chaque jour, la société Sodexho, fournisseur attitré de la commune, distribue environ un millier de repas. Jusqu'à la fin novembre, ceux-ci seront composés de poisson, de porc ou de volaille.

Du côté de Mouscron aussi, on a préféré jouer la prudence du côté de la commune. Hier après midi, l'échevine de l'Instruction publique Delannoy a annoncé que les plats contenant du boeuf ne seraient plus servis dans les cantines des écoles communales.

Notons enfin la sérénité qui règne, pour le moment, du côté de la grande distribution. Ainsi, on ne signale pas, auprès de GB, de mouvement d'inquiétude particulier au sein de la clientèle. Les ventes ne semblent pas souffrir des récents événements.