Quatre patients sur dix seraient mal soignés en Belgique

BRUXELLES Le Pr Simon Van Belle n'est pas n'importe qui dans le paysage médical belge. Cancérologue aux cliniques universitaires de Gand, président de l'Union belge des oncologues médicaux, il bénéficie d'une flatteuse réputation. Autant dire que les propos alarmistes qu'il tient dans la dernière édition de l'hebdomadaire flamand Knack ont fait l'effet d'une bombe, puisqu'il affirme que 40% des patients traités, en Belgique, pour un cancer, sont... mal soignés.

Pour avancer une proportion aussi ahurissante, le Pr Van Belle procède à une extrapolation au départ d'enquêtes notamment conduites aux Etats-Unis. Quant à la source du problème, il apparaît que les malades pris en charge en dehors d'une structure multidisciplinaire, disposant d'équipements de pointe, ne peuvent prétendre à un traitement optimal.

Le Pr Van Belle note qu'à défaut de pouvoir assurer une communication permanente et intégrée entre les praticiens spécialisés dans les différentes formes de traitement anticancéreux chirurgie, radiothérapie, chimiothérapie , le choix de l'intervention reposera sur des considérations aléatoires. En d'autres termes, elle sera peut-être mal adaptée, au risque de ne pas permettre de sauver la vie du patient.

`Je ne sais pas si la proportion de 40% est fondée ou non, mais il me semble que le tableau a été un peu noirci´, intervient le Pr Klastersky, chef du service de médecine interne à l'Institut Bordet (Bruxelles). `Ceci étant, il est une évidence que, dans ce domaine, la Belgique est à la traîne par rapport à des pays comme la France, où sont officiellement reconnus une vingtaine de centres anticancéreux, à la pointe de la discipline, à laquelle ils se consacrent exclusivement.´

Chez nous, par contre, et à l'exception de Bordet et de deux ou trois unités intégrées dans des hôpitaux universitaires, rien de tout cela. `Même l'oncologie médicale n'est pas reconnue comme une spécialité à part entière, à l'instar, par exemple, de la cardiologie´, déplore le Pr Klastersky. `Il faut regarder les choses en face. Trop de gens, et notamment des médecins, estiment qu'il n'existe pas de hiérarchie dans les compétences. C'est faux. Des spécialistes spécifiquement formés, disposant d'un matériel ultraperformant, et exerçant au sein d'une équipe de haut-niveau, assureront une prise en charge autrement plus efficace qu'un ou deux oncologues travaillant dans une clinique mal équipée. Le cancer est un maladie grave, lourde, qui nécessite un traitement pointu... minimisé lorsque les infrastructures et les compétences ne sont pas adaptées.´

Aux patients que ce signal d'alarme inquiéterait, le Pr Klastersky conseille d'entamer un dialogue avec leur oncologue, et de soulever toutes les questions à l'origine de leurs angoisses. `Si elles ne sont pas apaisées, si la personne se rend compte que le praticien travaille de manière trop isolée, elle doit demander un second avis. L'enjeu est trop important.´