Les professionnels de la route manifestent leur ras-le-bol

BRUXELLES Ce dimanche, les hommes de la route ont bloqué Bruxelles, du ring au carrefour Arts-Loi, en passant par le rond point Schuman. Un blocus qui devrait se prolonger lundi.
Dimanche matin, le boulevard de la Woluwe est envahi de camions, camionnettes, cars et taxis. Selon les estimations de la gendarmerie, 1.700 véhicules sont prêts à se mettre en branle. Yves Botty, patron d'une
petite firme de taxis: "tout le ring est bloqué jusqu'à
Grimbergen, il y a 12 ou 13 kilomètres de file.
"
De petites bagarres éclatent entre automobilistes et manifestants, sans gravité. Tous les routiers
ont un mot à la bouche: détaxation. Christophe Huylebroeck, président de l'Association des Taxis
Bruxellois, explique sa situation particulière: "on a vraiment le couteau sur la gorge. On a le salaire de 1992 en poche alors qu'on est en 2000. Même les bateaux de plaisance naviguent au rouge (gazoil de chauffage, moins taxé), pas nous. C'est sûr que c'est un service d'utilité publique. Je suppose que beaucoup de ministres ont un bateau de plaisance."
Chez les camionneurs, c'est le même discours. "Bientôt, on ne pourra plus rouler. Le patron pense à fermer la boîte si ça ne bouge pas chez les politiques." Devant le ministère des Transports, le calicot affichant des caricatures d'Isabelle Durant et de Didier Reynders fait
sourire les chauffeurs, mais ils n'y croient pas vraiment. Josef Aerts, au volant de son autocar, regrette la date choisie. "Ç'aurait été mieux en semaine. Les gens vont travailler, donc si on les bloque, les firmes perdent de l'argent. Aujourd'hui, je ne pense pas que ça ne va
pas arranger les choses.
" Un autre précise sa pensée: "Si la ministre avait travaillé aujourd'hui, ça aurait été mieux. Ici, on ne dérange personne." Pour Stéphane, "Elle ne viendra
pas. Quand on voit ce qu'elle a fait avec les avions, ce ne sont pas des petits camions qui vont l'embêter.
"

Le ton monte

Mais si les routiers sont désabusés au point de penser
"qu'il n'y a pas beaucoup d'espoir, mais que si on ne fait rien, on n'aura rien", leur humeur a changé du tout au tout vers quinze heures. Les organisateurs ont en effet prévu une surprise: le blocage du quartier ministériel! Après une période de flottement où les "Mais qu'est-ce qu'il se passe?" ont fusé, la
rébellion s'est organisée. Les défections ont été limitées. Le langage s'est durci. Si certains restent pragmatiques, comme Hassane pour qui "il
faut diminuer les prix du mazout et augmenter les salaires. Et tout le monde sera
content"
, même s'il regrette, en balayant d'un geste de la main les routiers assemblés sur la place Madou, que
"ces gars-là, il n'y a personne qui pense à eux." D'autres spéculent. Et s'emportent. "S'ils veulent étatiser le secteur, qu'ils le disent
tout de suite."
Pour Laurent, "C'est
devenu un métier de merde. Et qui l'a rendu comme ça: le gouvernement. Que Reynders et Durant prennent un camion. S'ils arrivent à le rentabiliser, on y arrivera aussi."

Les mots se durcissent. Un automobiliste y perd un
pare-brise, détruit d'un coup de poing par un routier en colère. La police, qui trouvait la situation relax à midi, intervient à peine. Chose rare dans une manifestation, on voit des chauffeurs et des policiers plaisanter ensemble. "On
ne les dérange pas. Ils font leur boulot, mais ils
comprennent"
, explique un conducteur à la moustache impressionnante. Pour Serge Adriaens, président de l'Union Professionnelle des Transporteurs Routiers, "le cirque doit arrêter. Il ne fallait pas mettre une
écolo au Transports. Toute l'Europe doit s'y mettre. Il y a d'ailleurs des contacts dans ce sens.
" Face au refus des ministres de les rencontrer, le mot d'ordre des routiers est "on ne bouge plus!" Plus de deux cents camions devraient y veiller.