Les sourds et malentendants doivent aussi s’adapter à la situation.

Si le port du masque venait à se généraliser, ce serait une bonne chose pour lutter contre le coronavirus, sauf que cela compliquerait encore un peu plus le quotidien des personnes sourdes et malentendantes. Si, entre elles, elles ont l’habitude de communiquer avec la langue des signes, pour comprendre les personnes entendantes, elles ont aussi l’habitude de lire sur les lèvres. Mais, avec un masque sur le visage, difficile d’y arriver. "Honnêtement, si les masques devenaient obligatoires, cela me ferait peur car cela représenterait une pression sociale supplémentaire pour essayer de comprendre les gens, explique Anaïs, sourde de naissance. Lorsque les gens portent leur masque, cela peut rendre difficile les demandes même les plus simples. À titre d’exemple, le gardien de sécurité d’un magasin portait un masque à des fins sanitaires. Quand il a commencé à me parler, j’ai essayé de lui faire comprendre que j’étais sourde et, du coup, il a parlé plus fort. Et, comme je ne sais pas lire sur ses lèvres ce qu’il me dit, cela peut donner l’impression que je ne veux pas suivre les instructions alors que c’est tout simplement une mauvaise communication."

Malheureusement, la crise engendre aussi quelques situations inconfortables pour Anaïs. "Les gens ont peur de toucher des objets qui pourraient éventuellement transporter le Covid-19 ou de s’en approcher. Quand je faisais mes courses, pour me faire comprendre, j’ai voulu utiliser mon GSM mais un commerçant a réagi en reculant brutalement, de peur que je sois porteuse du virus, alors que je voulais seulement lui demander un renseignement. Heureusement, cela n’arrive que très rarement."

Au travail également, le coronavirus a changé la vie de la Bruxelloise. "Cela a changé mes interactions avec mes collègues. Avant, ils me tapaient sur l’épaule pour m’appeler par exemple. Aujourd’hui, ce n’est plus possible et on communique beaucoup avec les ordinateurs ou alors ils me font des grands signes de loin avec les mains en l’air."

Mais que faire donc pour rendre cette communication plus aisée ? "Ils pourraient par exemple utiliser leur propre GSM ou leur stylo avec un bout de papier. J’utiliserais le mien pour leur répondre et cela permettrait de communiquer tout en respectant les règles de distanciation. Quant aux masques où la bouche est visible, c’est une bonne idée mais loin d’être idéale. Cette crise nous a montré que les sourds, en tant que minorité, peuvent être oubliés au milieu d’une crise mondiale", conclut Anaïs.

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