Le ministre Furlan augmente les plafonds de revenus. Mais avec la pénurie, il risque de ne pas y avoir de toit pour les plus aisés.

Une des mesures phares du nouveau Code du logement public, lancé par le ministre wallon en charge du Logement Paul Furlan (PS) et approuvé par le gouvernement wallon en juillet dernier, est l’augmentation du plafond de revenus. Celui-ci passera de 42.400 euros (bruts annuels) à 56.900 euros (bruts annuels) pour les isolés et de 51.300 euros à 69.400 euros pour les ménages.

Or, selon les services statistiques du SPF Economie, il existe en Wallonie 1,542 million d’isolés de plus de 18 ans gagnant moins de 56.900 euros par an (soit près d’un Wallon sur trois). Ils entreraient donc tous dans les conditions pour demander un logement public. Problème : avec 40.000 personnes sur les listes d’attente et une part de logements sociaux qui tend à diminuer, ils risquent bien de n’avoir aucune chance de décrocher un toit.

Et pourtant, même si elle semble électoraliste, l’idée de départ peu paraître bonne. "Il faut faire disparaître ce phénomène de ghetto dans les logements sociaux. Permettre à des gens qui ont plus de moyens d’accéder à ce type de logement, c’est augmenter la mixité sociale", explique Hicham Imane (PS) directeur de la Sambrienne, à Charleroi.

Mais voilà, avec des listes d’attente kilométriques et une priorité accordée aux personnes les plus précaires, il y a très peu de chances que ceux qui font partie de la classe moyenne puissent accéder à ces habitations. "Une famille qui dispose d’un revenu de 69.000 euros annuels n’a aucune chance de se voir attribuer un logement chez moi. Pour le moment, je n’ai vraiment aucun bien à leur proposer", déplore M. Imane.

Tout l’enjeu de la réforme sera donc de construire à l’avenir plus de logements destinés directement aux classes moyennes. Ce qui, au vu du manque places pour les familles précaires, est une décision difficile à prendre. "De notre côté, nous sommes en train de construire 52 nouveaux logements mais ils sont destinés aux plus précaires", explique Carine Hermal, directrice du Foyer wavrien.

Du côté du cabinet du ministre, on précise que l’accent ne sera pas mis seulement sur la construction de nouvelles structures mais aussi sur la rénovation du bâti existant.

Pour Hicham Imane, il s’agit avant tout "d’une réforme pour l’avenir. Elle prendra son sens quand de nouvelles habitations seront construites et que nous aurons quelque chose à proposer aux classes moyennes".


Les propriétaires vont aussi pouvoir faire partie des demandeurs

Toujours dans le but de favoriser la mixité sociale dans les quartiers de logements sociaux, la réforme du ministre wallon du Logement, Paul Furlan (PS), prévoit de"permettre aux propriétaires d’accéder au logement public" .

Il s’agira par contre essentiellement de personnes âgées qui décideraient de mettre leur bien en gestion auprès d’un opérateur immobilier public parce qu’il ne leur est plus adapté (trop grand, trop cher…).

Ces derniers pourront donc accéder aux logements publics au même titre que les autres demandeurs. Ils étaient avant exclus de ce système.

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Les directeurs craignent pour leurs finances

Moins de locataires aisés, cela veut aussi dire des rentrées financières moins élevées.

Si l’objectif principal de la réforme du ministre Furlan est d’augmenter la mixité sociale dans les logements sociaux, certains directeurs de sociétés de logement wallonnes craignent de voir leurs recettes baisser fortement et de se retrouver dans une situation économique difficile.

C’est le cas de Jacques Ottet (MR), directeur de l’Immobilière publique du centre et de l’est du Brabant wallon (IPB). Même s’il affirme que "l’idée de donner la possibilité à la classe moyenne d’accéder au logement est bonne, surtout dans le Brabant wallon, où la pression immobilière est très forte". Il tempère : "Avec les critères d’attribution actuels et dans le contexte de la nouvelle réforme, ce seront surtout les plus précaires qui auront accès à nos logements sociaux".

Il s’explique : "Les loyers sont calculés, entre autres, sur les revenus des locataires. Mais le problème, c’est que si ceux qui ont un plus petit salaire remplacent ceux qui en ont un plus élevé, cela va sans aucun doute avoir un impact sur les finances des sociétés de logement. Elles risquent aussi de se retrouver plus souvent face à des situations d’impayés".

Hicham Imane, directeur de la Sambrienne, à Charleroi, tempère cette position. "Concernant les impayés, ceux-ci peuvent être plus graves quand il s’agit de loyers plus élevés. Après, cela dépend de la gestion de chaque société de logement. Chez nous, on a mis de nombreuses mesures en place pour éviter ce genre de situations."

Sur ce point, le cabinet du ministre se veut rassurant et précise que les quotas de répartition entre les différentes catégories de revenus en vigueur le resteront.

Les expulsions sont un vrai problème dans les logements sociaux au sud du pays. Comme vous le révélait La DH le 20 octobre dernier, 561 personnes ont été expulsées de leur logement en 2015. Un chiffre en augmentation puisqu’il était de 361 à 2014.

La cause première de ces expulsions est depuis des années le défaut de paiement. Et ce devant les problèmes de drogue ou encore d’alcool.


Une personne sur deux refuse le logement proposé

Mais à l’avenir, les règles vont se durcir pour ceux qui feraient la fine bouche.

Alors que les logements manquent et que le turnover reste encore très faible, le ministre Furlan (PS) considère qu’ils sont encore trop nombreux à refuser le bien qui leur est proposé. "En 2016, 3.341 propositions de logement ont été acceptées directement par le ménage-candidat sur un total de 6.996 propositions d’attribution, ce qui représente un taux de refus de 47,76 %" , précise son cabinet.

Une situation à laquelle il veut remédier en durcissant les règles pour ceux qui se permettraient de refuser. Selon la réforme du Code du logement censée être appliquée dès l’année prochaine, le candidat qui ferait part de son refus lors de l’attribution d’un logement social se verrait écarté des listes pendant six mois. Une règle bien plus dure que celle en place actuellement qui précise que le candidat peut refuser deux propositions avant d’être radié.

"Les motivations concrètes avancées par les candidats qui répondent à leur société de logement sont de deux ordres. Dans plus d’un tiers des cas, le logement proposé ne correspond pas à leurs attentes. Dans 16 % des cas, ce sont des raisons liées à la situation du candidat lui-même qui l’incitent à refuser la proposition", explique encore le cabinet.

"S’ils ne veulent pas être radiés, la décision de refus du candidat doit être motivée. Par exemple, s’il s’agit d’une personne qui ne peut pas marcher à qui on propose un appartement au troisième étage sans ascenseur, on peut faire preuve de compréhension", ajoute Carine Hermal, directrice du Foyer wavrien.

À noter encore que la réforme prévoit, sur ce point, que le formulaire de demande de logement sera simplifié et que le candidat locataire pourra plus facilement préciser ses besoins réels.