Société Jamais autant d’avions n’ont été déroutés pour cause d’incivilités de leurs passagers.

Qu’ils soient ivres, turbulents, irrespectueux, voire violents, les compagnies aériennes se passeraient bien de certains de leurs passagers. "Ces clients représentent non seulement un danger pour la sécurité dans un avion, mais ils sont aussi une nuisance pour les autres passagers et engendrent un coût pour les compagnies aériennes", explique Paul Steele, vice-président de l’Iata, l’association internationale du transport aérien.

Il y a trois semaines, un avion de Brussels Airlines a ainsi dû décoller avec plusieurs heures de retard, après avoir débarqué 41 personnes en état d’ébriété. Un exemple parmi d’autres : ce type d’incidents se passent chaque jour dans le secteur aérien. L’Iata a ainsi dénombré 10 800 cas de passagers ayant eu des comportements agressifs ou turbulents auprès de 190 compagnies aériennes à travers le monde en 2015. Il y a donc un incident de ce type tous les 1 205 vols, soit un triste record pour le secteur. "On constate une importante croissance de ce type de comportement intolérable et cela nous inquiète", poursuit M. Steele.

Jusqu’à la violence physique

La majorité de ces incidents sont des agressions verbales ou des refus d’obéir au personnel de cabine."Mais dans 11 % des cas, on parle d’agressions physiques envers les stewards, les hôtesses ou d’autres passagers", développe le vice-président. Certains passagers s’en prennent aussi directement à l’avion, en causant des dommages matériaux à l’intérieur de la cabine.

Qu’est-ce qui explique cette violence ? Souvent, l’usage abusif de drogues ou d’alcool (23 % des cas) est à l’origine de ce type de comportement. "Trop souvent, des passagers consomment, une fois dans l’avion et à l’insu du personnel de cabine, l’alcool qu’ils viennent d’acheter au ‘duty free’."

Certains vols sont plus "risqués" que d’autres. "On sait que sur un vol partant d’une ville anglaise vers Ibiza, par exemple, beaucoup de jeunes s’enivrent avant d’entrer dans l’avion", explique-t-on à l’Iata.

Un grand flou juridique

A plus de 10 000 mètres d’altitude et dans un espace confiné, le principe de base d’un commandant de bord est de ne prendre aucun risque au niveau de la sécurité : quatre compagnies sur dix ont dû, l’année dernière, dérouter en vol à cause d’un ou plusieurs voyageurs turbulents. "Les passagers coupables d’incivilités graves sont arrêtés par la police à l’aéroport, mais très souvent ils sont relâchés sans suite. Il y a un problème d’impunité", regrette Paul Steele.

Le problème ? Le grand flou juridique existant dans le ciel : en plein vol sur quelle législation nationale faut-il se baser ? En 2014, huit pays ont signé un accord, le protocole de Montréal, pour donner un cadre juridique aux incidents du ciel. "Nous avons besoin de 22 pays signataires pour que ce protocole puisse entrer en action", insiste M. Steele, qui espère que les trente nations qui se sont engagées à signer l’accord ne traîneront plus à le faire.

En attendant, des initiatives nationales ont été prises pour contrer cette montée d’incivilités. Dans les aéroports britanniques, le "binge drinking" (biture express) est désormais sous haute surveillance, ce qui a diminué le nombre d’incidents de moitié sur certaines destinations.


Bénéfice record pour les compagnies aériennes

Résultats. Le secteur du transport aérien va engranger cette année un bénéfice record de 35,6 milliards de dollars (environ 33 milliards d’euros) et devrait rester dans le vert en 2017 en dépit d’incertitudes liées au Brexit et aux Etats-Unis, selon des projections de l’Association internationale du transport aérien (Iata). L’Iata a estimé jeudi que les bénéfices du secteur devraient diminuer à 29,8 milliards de dollars en 2017. Cela représentera la huitième année consécutive de bénéfices pour le secteur. Ces projections se basent sur un prix moyen du baril de pétrole Brent à 55 dollars l’an prochain, soit environ 10 dollars de plus qu’en 2016. En 2016, le nombre de passagers aériens a atteint 3,8 milliards et devrait approcher les 4 milliards en 2017.