Ce 12 mars 2020, la décision du gouvernement fédéral de fermer toutes les écoles du pays est en effet proprement historique. Les classes resteront fermées plus de deux mois, avant de rouvrir très progressivement à partir de la mi-mai seulement.

Pour la Belgique, pareille interruption, c'est du jamais vu! Lors de la Seconde Guerre mondiale, face à l'invasion allemande du 10 mai 40, les écoles avaient aussi dû brutalement fermer leurs portes. Mais elles avaient rouvert dès le 3 juin déjà...

Comme dans beaucoup de crises, cette pandémie aura agi pour l'école francophone comme un révélateur de ses failles, mais aussi des forces... tout en l'obligeant à faire preuve d'une inventivité dont elle devrait garder certains bénéfices à l'avenir.

"Même s'il y avait bien quelques initiatives ici ou là, ce que cette crise a révélé comme principale faiblesse, c'est que l'école n'était pas du tout préparée à l'enseignement numérique. Il y avait clairement jusque là un déficit d'utilisation de cet outil", analyse Michel Bettens, le secrétaire général de la Fédération des établissements libres subventionnés indépendants (Felsi).

"La force de l'école en revanche, c'est qu'elle a pu faire preuve d'une capacité de réaction impressionnante. On s'est tous retrouvés du jour au lendemain avec des outils qu'on ne connaissait pas et avec lesquels on est finalement parvenu à faire quelque chose...", sourit-il aujourd'hui.

Dès la seconde vague pandémique à l'automne dernier, enseignants et élèves des 2e et 3e degrés du secondaire seront en effet soumis à une "hybridation des cours", à savoir un partage entre 50% des cours en classe et 50% d'enseignements à distance.

Tous seront alors contraints d'apprendre (très vite) à utiliser différentes plateformes numériques, soit pour préparer leurs cours ou communiquer avec leurs élèves pour les uns. Ou faire des recherches et réaliser des travaux pour les autres. Bref, autant de pratiques qui devraient logiquement subsister à l'avenir, même lorsque la pandémie sera finie.

De l'aveu de certains d'enseignants, cette hybridation a aussi eu un autre mérite: des semaines durant, ceux-ci ont été amenés à travailler avec des groupes-classe réduits de moitié, ce qui leur a permis d'aider davantage les élèves en difficultés. Bien mieux qu'en temps normal lorsqu'ils sont face à leur classe complète.

"Même s'il est souhaité, ce retour à un enseignement à 100% en présentiel est aujourd'hui appréhendé par les professeurs qui demain vont devoir à nouveau arrimer ces deux groupes d'élèves qui parfois ont évolué différemment", décrypte Natacha Duroisin, professeur à l'école de formation des enseignants de l'UMons.

Tout au long de ces douze mois un peu fous, l'université montoise a mené plusieurs études pour prendre le pouls des profs de Wallonie et de Bruxelles afin d'analyser la manière dont ceux-ci ont adapté leurs enseignements à la crise pandémique, mais aussi leur manière d'utiliser les outils numériques ou de résorber les retards accumulés par les élèves lors du premier confinement.

Et au final, ce que cette crise sanitaire aura démontré, c'est la place centrale, capitale, jouée par les enseignants et l'école pour les jeunes générations.

Alors qu'on les imaginait bien contents de pouvoir lever le pied, on a vu, après quelques mois à peine d'hybridation, de nombreux adolescents exprimer - pétitions à l'appui parfois! - leur désarroi par rapport à ces cours à distance, au manque de contacts avec leurs profs et leurs copains de classe.

"Ce que cette détresse montre, c'est qu'en réalité, avant d'être un lieu d'apprentissage, l'école est surtout un lieu de socialisation", insiste Natacha Duroisin. "Les apprentissages sociaux qu'on y fait sont donc tout aussi importants, voire plus peut-être, que les apprentissages scolaires".

Plus que les éventuels retards, c'est en effet les dégâts psychologiques de ce semi-confinement auprès des adolescents qui préoccupent aujourd'hui de plus en plus de spécialistes de la jeunesse.

Heureusement, leur calvaire va bientôt s'achever. Les 3e et 4e secondaires vont en effet retrouver leurs bancs d'école à 100% en présentiel dès le 29 mars. Leurs aînés de 5e et 6e les suivront au retour des vacances de Pâques, le 19 avril prochain.