Infirmière dans une maison de repos du Brabant wallon, Stéphanie (prénom d’emprunt) travaille d’arrache-pied et est même membre de la cellule de crise coronavirus de sa résidence.

Heureusement pour les personnes fréquentant les lieux, aucun cas n’est pour le moment à déplorer dans ce home. En raison sans doute du confinement, mais aussi du dévouement de chacun, médecins comme infirmiers. Mais pour offrir le meilleur des services à leurs résidents, les infirmiers doivent travailler, sans compter les heures. Et donc déposer leurs enfants à l’école, afin de pouvoir rendre service à la communauté. Alors qu’on pourrait s’attendre à ce que médecins, infirmiers et autres policiers soient félicités, ce n’est malheureusement pas toujours le cas. “Les vacances sont supprimées et les jours de repos sont limités. La charge de travail a augmenté et les heures supplémentaires s’enchaînent” , déclare Stéphanie, qui se prépare au mieux avec le personnel de la résidence depuis quatre semaines. “On me fait comprendre que mes enfants ne sont pas les bienvenus par des regards, des distances avec eux, une froideur. Des amis soignants m’ont rapporté avoir aussi eu des remarques très culpabilisantes. On part de l’école avec une boule au ventre…”

"La logistique passe avant la prudence sanitaire"

Le compagnon de Stéphanie doit se rendre aussi sur son lieu de travail. “Mon mari travaille dans l’alimentaire et risque de perdre son travail s’il n’y va pas. Ouvrier, il est payé à l’heure. S’il ne bosse pas, il n’aura pas de salaire et on a des factures comme tout le monde… Si mes enfants n’étaient pas à l’école, je ne pourrais pas travailler car je n’ai pas de famille proche disponible. Et je ne suis pas assez riche pour payer une baby-sitter quatre jours par semaine. D’ailleurs, je fais comment pendant les vacances et quand les écoles fermeront ? Les stages sont tous annulés. Je dois choisir entre mon travail ou mes enfants…”
Les conditions d’accueil ne sont pas toujours optimales dans son école. “Il y a moins de 10 enfants à l’école pour deux professeurs. Ils vont regrouper tous les enfants du village ensemble dans la même école en dépit des recommandations de confinement. Et des cas positifs ont été déclarés dans une autre école du village. La logistique passe avant la prudence sanitaire. J’aime mon travail donc je ne ressens pas comme un sacrifice le fait de travailler et de laisser les enfants à l’école. Mais je ne me sens pas non plus soutenue par la société. Les garderies ouvrent de 8h à 17h. Le service a l’hôpital commence à 7h et le soir c’est jusque 21h. On fait quoi si on est deux parents avec des horaires décalés ? La majorité des gens est indifférente tant qu’ils ne sont pas concernés. ‘Tu as de la chance toi, tu peux mettre tes enfants à l’école et circuler en voiture sans problème’ , m’a-t-on même dit il y a deux jours…”