Fini la supercherie, un choix en toute honnêteté

BRUXELLES Isabelle et Sylvianne n'ont pas attendu cette décision pour avoir un enfant. Il y a presque deux ans aujourd'hui, elles ont eu recours à l'insémination artificielle pour mettre au monde une petite fille. A l'époque, pourtant, l'adoption avait été envisagée au sein de leur couple: `Nous avions pensé adopter, mais c'est juste resté une idée. Nous n'avions pas la force de nous battre pour trouver le bon centre qui accepterait notre couple. Et encore moins la force de tricher, en faisant passer l'une de nous comme célibataire, puisque l'adoption est autorisée pour les célibataires. Alors que pour l'hôpital, où nous avons procédé à l'insémination, tout a été très clair depuis le début. Nous nous sommes présentées comme un couple.´

Avant que cette décision ne soit sur la table des discussions, de nombreux couples devaient avoir recours à la supercherie du célibataire pour pouvoir élever un enfant.

"Une perspective nouvelle pour les couples d'hommes"

"Cette décision ouvrira bien des portes pour les couples homosexuels d'hommes qui, eux, n'avaient même pas le choix de l'insémination", raconte Isabelle.
Je pense vraiment qu'ils seront nombreux à enfin envisager la paternité. Bien entendu, les enquêtes des centres d'adoption doivent rester aussi sérieuses que par le passé. La stabilité, tout comme pour des couples d'hétérosexuels, doit rester un critère de sélection important.´ Le regard des autres? `Peu importe! Les questions que la société se pose, nous nous les sommes posées mille fois avant d'avoir notre petite fille, poursuit Isabelle. Il était crucial que j'assume mon homosexualité seule, dans mon couple et, enfin, en famille pour pouvoir faire ce choix sereinement.´

Pour Luc et Alain qui se sont unis pour le meilleur et pour le pire en janvier 2000 mais qui vivent ensemble depuis 13 ans déjà, cette décision est étonnante... positivement. `Ce n'est plus un projet de vie pour Luc ou moi qui avons atteint la cinquantaine, confesse Alain. Quand nous étions plus jeunes, il nous paraissait impossible que cela puisse un jour arriver que des homosexuels puissent adopter des enfants. Maintenant c'est trop tard. Mais c'est une séduisante perspective pour les jeunes couples qui sont âgés d'une vingtaine ou d'une trentaine d'années.´

`Il est évident qu'il faut un certain nombre de garanties de stabilité, estime Luc. Mais elles sont désormais possibles avec le contrat de cohabitation et il est peut-être bon de rappeler que si on parle toujours de l'instabilité des couples homosexuels, on doit se rendre compte qu'elle provient aussi de la société. Dès que la pression sociale diminuera, les couples se stabiliseront.´