Un député-bourgmestre a instauré un système tout à fait légal dans sa commune. Il voudrait pouvoir l’étendre à la Wallonie entière

ROTTERDAM Obliger les chômeurs à travailler au service de la collectivité en contrepartie de leur allocation de chômage constitue un véritable fantasme pour de nombreuses personnes. La décision de la municipalité de Rotterdam qui va dans ce sens-là ne laisse évidemment pas indifférent. Et chez nous en Belgique, ce genre d’initiative a-t-il déjà été envisagé ?

Bien évidemment, lors des campagnes électorales, très nombreuses chez nous, ou lors de négociations gouvernementales ardues, certains politiques n’hésitent pas à brandir cette idée comme une solution à tous les maux sociaux de notre pays.

Loin du mauvais exemple hollandais, un député wallon et de la Fédération Wallonie-Bruxelles a souhaité aller dans ce sens en déposant plusieurs propositions dans les deux Parlements où il siège. Yves Binon, député-bourgmestre MR, s’explique : “Je reviens très souvent avec ce type de proposition, mais je ne vise pas les chômeurs, je vise les bénéficiaires du RIS (NdlR : revenu d’intégration, ancien minimex). Via le système des articles 60, j’ai proposé que l’on demande à ces bénéficiaires du RIS en Wallonie de nettoyer les abords d’autoroutes. À la Fédération Wallonie-Bruxelles, j’ai proposé qu’ils puisent repeindre les classes dans les écoles. À l’époque, ça avait fait un tollé”, explique Yves Binon.

Ce dernier est également bourgmestre de la commune hennuyère de Ham-sur-Heure/Nalinnes. Dans sa commune, il a décidé de mettre en place ce type de système : “Nous touchons, par travailleur sous convention article 60, 14.000 € de subside. Le travailleur bénéficie de 19.000 € par an. Il est évidemment payé pour le travail fourni. Maintenant, s’il refuse ce contrat, il ne pourra plus toucher son minimex. On l’a fait des centaines de fois. Pour l’instant, nous occupons ainsi une vingtaine de personnes”, explique Yves Binon, qui voit dans cette mesure une bonne manière de remettre les gens au travail. “95 % des gens retrouvent du boulot ensuite. Ils apprennent à se lever le matin.”

Le député-bourgmestre n’a pas le sentiment que cette mesure fasse fuir les gens qui habitent sa commune et qui sont confrontés à cette mesure : “Non, je ne pense pas, par contre il est possible que certains profiteurs ne soient pas venus s’installer chez nous pour cela, mais ça, je ne peux évidemment pas le vérifier.”

Mais le libéral ne pense pas qu’un tel système soit possible à un niveau plus large. Ses propositions dans les deux Parlements où il siège n’ont d’ailleurs jamais été très bien accueillies : “Les profiteurs du système c’est le terreau du socialisme wallon. Il y a 40.000 chômeurs minimexés en Wallonie. Si chaque année on en met 1.000 au travail, cela représente seulement 14 millions d’€.”

Le système mis en place par Yves Binon est évidemment totalement légal. Il peut, sans doute, faire grincer des dents, mais il est certain que le fait d’octroyer une rémunération au minimexé qui se prête au jeu rend la mesure assurément plus douce.

© La Dernière Heure 2013