Plus de 200 millions d’appels ont été analysés : le bassin téléphonique bruxellois s’étend bien au-delà des 19 communes

BRUXELLES Dans les débats communautaires houleux, voici une étude pour le moins originale qui ne manquera pas d’en interpeller plus d’un.

Trois chercheurs de l’UCL – Vincent Blondel, Gautier Krings et Isabelle Thomas – ont décortiqué la fréquence relative et la durée moyenne de plus de 200 millions de communications mobiles d’un grand opérateur belge sur une période de six mois. Objectif ? “Proposer une structure spatiale de la Belgique à partir des flux de téléphonie mobile en Belgique, sans aucun présupposé géographique de distance ou de centralité ”, décrivent les trois auteurs. Plus concrètement, ils ont cherché à savoir si les Belges téléphonent plus à des interlocuteurs proches que lointains ou encore s’il existe des effets de frontière à l’intérieur de la Belgique.

Pour ce faire, les trois chercheurs ont tout d’abord découpé l’espace téléphonique belge sur la base de la fréquence des communications entre communes. Premier constat : “17 bassins téléphoniques” composés de 15 à 66 communes apparaissent “naturellement”, relèvent les scientifiques. L’analyse de la fréquence des appels GSM permet également d’attester que la langue représente une barrière forte en matière de communications téléphoniques. De fait, “la frontière linguistique” est suivie par les limites des “bassins téléphoniques”, à l’exception “du bassin de Bruxelles et des communes à facilités d’Espierres-Helchin, Comines-Warneton, Herstappe et Fourons ”, pointent les auteurs de l’étude.

Enfin, alors que l’éventuelle extension du territoire bruxellois confiné aux 19 communes fait l’objet de nombreux débats politiques et scientifiques, “le plus grand bassin obtenu (66 communes) correspond – sans surprise – à la plus grande ville : Bruxelles” , note encore la petite équipe de l’UCL.

Et de commenter : “Bruxelles, comme bien d’autres villes dans le monde, déborde de ses limites administratives et le bassin de téléphonie bruxellois illustre à nouveau cette réalité. Le bassin s’étend non seulement aux 19 communes, mais également à des communes directement contiguës, et ce, quelle que soit la direction géographique, avec toutefois une extension spatiale plus forte vers le Brabant wallon qu’il englobe totalement à l’exception de Nivelles et de deux communes à l’extrême est (Hélécine et Orp-Jauche).”

Parmi les communes englobées figurent ainsi Hal, Vilvorde, Zaventem, Tervuren, Braine-l’Alleud, Ottignies-LLN, Wavre, Perwez ou encore Jodoigne.

L’équipe s’est également penchée sur la durée moyenne des communications. Résultats ? Primo, deux groupes se dessinent clairement : l’un au nord et l’autre au sud du pays. “Parmi les plus de 200 millions de communications analysées, seul 1,05 % va du groupe Nord au groupe Sud et 1,04 % du groupe Sud au groupe Nord. En d’autres termes, près de 98 % des communications téléphoniques se font entre des abonnés d’un même groupe”, détaillent les trois auteurs.

Secundo, le découpage Nord-Sud suit la frontière linguistique à l’exception de communes à facilités. Hormis Wemmel, “les communes à facilités de la périphérie bruxelloise (Drogenbos, Crainhem, Linkebeek, Rhode-Saint-Genèse, Wezembeek) sont toutes regroupées avec les communes du sud du pays” , souligne l’étude.

Dans le groupe du Sud, on retrouve aussi trois communes à facilités de la Région flamande : Espierres-Helchin, Fourons et Herstappe.

Quant aux autres communes à facilités, elles sont toutes associées au groupe de leur Région linguistique : Comines-Warneton, Enghien, Flobecq et Mouscron (groupe du Sud), et Messines, Biévène et Renaix (groupe du Nord).

En savoir plus

L’étude Régions et frontières de téléphonie mobile en Belgique et dans l’aire métropolitaine bruxelloise peut être consultée sur le site internet www.brusselsstudies.be



© La Dernière Heure 2010