Ils brassent des millions d'euros. Mais il ne suffit pas d'attendre l'argent. Un aïeul célèbre, ça se gère!

BRUXELLES Le nom de Serge Cazzani ne vous dit probablement rien. Le gaillard est pourtant un authentique multimillionnaire du show-business. Cependant, il est possible qu'il soit totalement incapable de lire une partition, de trousser un quatrain bien léché ou de prendre le micro pour chanter autre chose que Joyeux anniversaire. Et encore, il faudrait dans ce cas-là qu'il soit légèrement éméché. Serge Cazzani n'est pas davantage un producteur, un éditeur ou un ponte de maison de disques. Rien de tout cela. Il a choisi d'être héritier. Comme dirait son tonton célèbre. Un tonton qui s'appelle Georges Brassens.

Serge Cazzani est un neveu heureux puisqu'il est l'unique héritier testamentaire d'un Brassens qui représente encore, chaque année, 100.000 ventes d'albums. Le magazine parisien des affaires, Capital, qui consacre ce mois-ci un dossier aux héritiers du show-business, estime que les revenus annuels de Serge Cazzani se situent aux environs des 600.000 euros, y compris les droits d'auteur. Il y a de quoi vivre...

Il est possible d'être un héritier heureux et de se contenter de prendre résidence dans une île tropicale et d'y déguster sous les parasols des plages de sable blanc la chance que le destin vous a octroyée. En général, cela ne dure pas très longtemps. C'est qu'un aïeul célèbre, ça se gère!

Dans la plupart des cas, héritier du show-biz, cela correspond à un travail à temps plein et même à temps bien plein.

Première source de revenus, les droits d'auteur! Chaque passage d'une chanson en radio ou en télévision, voire dans des bals ou des soirées en boîte, génère des droits qui peuvent être très importants. Capital indique qu'en France un passage sur RTL, à une heure de grande écoute, vaut 120 euros aux ayants droit de la chanson. En Belgique, où l'audience est moindre, on n'atteint pas des sommes pareilles. En outre, les accords entre les grandes chaînes radios et la Sabam, qui gère les droits d'auteur, portent sur des forfaits. Mais un passage vaut quand même entre 10 et 20 euros. En télévision, vous multipliez aisément par dix...

D'après la loi belge, les droits d'auteur courent jusqu'à 75 ans après la mort de l'artiste.

Il y a aussi les droits sur les ventes de disques (et aujourd'hui de DVD). Ces droits se négocient et, pour un catalogue ancien, ils varient souvent entre 7 et 10% du prix du disque, hors TVA.

Ce n'est pas tout! Il y a en outre des droits sur l'exploitation de l'artiste et de ses chansons par la télévision, éventuellement par le cinéma, par la publicité ou les reprises par d'autres artistes. Exemple, la version de Mon amant de Saint-Jean dont Patrick Bruel vient de faire un véritable tube (3,5 millions de ventes, tous supports confondus), se confond avec un véritable billet gagnant d'une supertranche de Lotto, pour l'héritier du compositeur Emile Carrara.

En général, ces héritiers heureux sont les épouses des chanteurs (Michel Berger, Jacques Brel, Daniel Balavoine), leurs enfants (Serge Gainsbourg, Claude François, Gilbert Bécaud), des proches (le frère de Dalida ou le neveu de Brassens), voire des amis (Charles Trenet).

Mais il y a, dans les annales des droits d'auteur, un cas exceptionnel. Celui de Maurice Ravel, dont le Boléro revient chaque année dans le Top 5 des recettes les plus importantes en France. Ravel n'avait pour passion que la musique. Il n'a jamais été marié, n'a jamais eu de relation ni, fatalement, d'enfant. Son frère a hérité mais est mort, veuf et sans enfant. Il a fait de sa bonne sa légataire. La servante en question est décédée, léguant tout à son mari, qui s'est remarié. Si bien que la seconde épouse du mari de la bonne du frère de Ravel fut l'unique héritière de ce Boléro multimillionnaire.

© La Dernière Heure 2004