Ce sont les constats qui ressortent vendredi d'une enquête menée par l'Association flamande des journalistes (VVJ) auprès de plus de 200 participants. À la question de savoir s'ils avaient remarqué une détérioration des bonnes manières ces dernières années, 197 des 239 sondés (82%) ont répondu par l'affirmative. En outre, 127 répondants, soit 53 %, ont déjà été victimes d'une agression dans le cadre de leur travail. Par ailleurs, 152 autres répondants ont déclaré connaître un collègue proche qui a subi le même sort.

Six journalistes sur dix ont déjà été victimes d'agressions verbales, dans la rue ou en ligne. Une petite minorité a subi des violences physiques. Quatre sur dix ont été agressés dans des lieux publics, cinq sur dix sur internet. Facebook est désigné comme la plateforme la plus importante où les frontières de la décence sont franchies. Les calomnies et les insultes sont courantes mais, dans près de la moitié des cas, il est même question de menaces et d'intimidation.

Plus le journaliste est visible, plus le risque d'agression est grand. Les cameramen et les photographes, mais aussi les rédacteurs avec une carte ou une plaque de presse peuvent ainsi être davantage visés. En particulier lors des manifestations, des émeutes et des matchs de football, ils courent le risque de subir des violences verbales et, dans une moindre mesure, physiques. De nombreux journalistes déclarent également qu'ils sont filmés dans l'exercice de leur métier. Ce qu'il se passe ensuite avec les images prises n'est pas toujours clair.

Ce ne sont pas seulement les manifestants et les hooligans qui vont à l'affrontement avec les journalistes. Les politiciens et les porte-parole aussi s'en prennent parfois violemment à la presse. Plusieurs journalistes affirment ainsi que les intimidations de la part de personnes à responsabilité et des politiciens sont en augmentation. Les avocats aussi en prennent pour leur grade, selon l'enquête de la VVJ.

Les journalistes qui sont confrontés à une agression y font face de différentes manières. Six personnes sur dix recherchent le soutien de leurs collègues. Un sur quatre signale l'incident à son ou sa cheffe, à la rédaction en chef ou à l'entreprise qui l'emploie. Seuls 15 % d'entre eux s'adressent à la police, généralement en raison d'un manque de preuves.

Depuis 2019, la VVJ dispose d'un point de signalement spécifique pour les cas d'agression contre les journalistes. À ce jour, elle a enregistré quelque 45 incidents. Cependant, les journalistes demandent plus de soutien et de sensibilisation afin de pouvoir faire leur travail en toute sécurité. Il y a également un appel à une revalorisation de la profession et de la carte de presse.

Le ministre flamand des Médias Benjamin Dalle (CD&V) a déploré une "tendance regrettable". Avec les ministres fédéraux de la Justice Vincent Van Quickenborne (Open Vld) et de l'Intérieur Annelies Verlinden (CD&V), il étudie la possibilité d'alourdir la peine prévue pour les délits violents lorsqu'ils sont commis contre des journalistes, comme c'est le cas pour certaines autres catégories professionnelles. Le ministre des Médias appelle par ailleurs tous ses collègues politiciens à donner le bon exemple et à toujours traiter les journalistes avec respect.