Pour tenter de mieux saisir ce phénomène, alors que l'âge est l'une des premières choses que nous remarquons chez l'autre, quatre agences de l'ONU se sont unies pour produire ce document de 203 pages qui tente d'en balayer tous les aspects.

"On parle d'âgisme lorsque l'âge est utilisé pour catégoriser et diviser les personnes de telles façons qu'elles subissent des préjudices et des injustices, qu'elles sont désavantagées et ce phénomène réduit la solidarité entre les générations", note le rapport, en soulignant à quel point le problème infuse toutes les sociétés dans tous les domaines.

Ainsi, l'ONU note que l'âgisme évolue... avec l'âge: "un adolescent peut, par exemple, subir des moqueries pour avoir lancé un mouvement politique, des personnes plus âgées ou plus jeunes peuvent se voir refuser un emploi en raison de leur âge ou une personne plus âgée peut être accusée de sorcellerie et chassée de sa maison et de son village".

Les auteurs du rapport ont souligné que les données précises manquent parfois pour identifier plus précisément le phénomène, qui peut prendre des formes très diverses, mais constatent qu'il est très répandu et "est présent dans de nombreuses institutions et secteurs de la société, y compris ceux qui fournissent des soins de santé et des services sociaux, sur le lieu de travail, dans les médias et au sein du système juridique".

Ils ont estimé que le phénomène coûtait des dizaines de milliards de dollars chaque année, par exemple en faisant partir les gens trop tôt à la retraite sur un critère d'âge rigide et en se privant de leur savoir-faire. Les auteurs estiment qu'"à l'échelle mondiale, une personne sur deux fait preuve d'âgisme à l'égard des personnes âgées".

Il estiment qu'en Europe -la seule région pour laquelle il disposaient de données- une personne sur trois déclare avoir été la cible de l'âgisme, et les jeunes affirment être davantage victimes de discrimination liée à l'âge que les autres groupes d'âge.

La pandémie n'a fait qu'exacerber les stéréotypes, soulignent dans une lettre commune Tedros Adhanom Ghebreyesus, le patron de l'OMS, Michelle Bachelet, la plus haute responsable de l'ONU pour les droits de l'homme, Liu Zhenmin, en charge des affaires économiques et sociales de l'ONU et Natalia Kamen qui préside aux destinées du Fonds des Nations unies pour la population.

"Les personnes âgées ont souvent été vues comme uniformément frêles et vulnérables, alors que les jeunes sont présentés comme invincibles, ou imprudents et irresponsables", écrivent-ils.

"Au moment où les pays essayent de surmonter la pandémie, les gens de tous âges vont devoir continuer à faire face à différentes formes d'âgisme", et il "nous faudra combattre l'âgisme pendant et après la crise si nous voulons garantir la santé, le bien-être et la dignité des gens partout dans le monde".

Pour les auteurs, pour combattre l'âgisme "la priorité devrait être accordée aux trois stratégies étayées par les meilleures données factuelles à savoir: l'adoption de politiques et de lois, et la mise en oeuvre d'interventions éducatives et favorisant les contacts intergénérationnels".