La terreur Appelmans

Michaël Kaibeck Publié le - Mis à jour le

Société Les méthodes de gestion appliquées par la syndicaliste n'avaient rien de véritablement social

BRUXELLES Jeudi, le juge d'instruction Michel Claise frappait à nouveau un grand coup dans le monde syndical en plaçant sous mandat d'arrêt la secrétaire régionale de la FGTB Bruxelles, la très médiatique Anne-Marie Appelmans. Inculpée de faux, usage de faux, fraude fiscale, association de malfaiteurs, faux dans les comptes annuels et corruption active.

Au lendemain de cette arrestation, les langues dans son entourage se délient. Nous avons eu l'occasion de rencontrer quelques travailleurs qui ont bossé au quotidien avec elle et qui, on le comprend au vu de ce qu'ils racontent, préfèrent garder l'anonymat. Ils n'y vont pas avec le dos de la cuiller. Pour eux, il est clair que, pour Anne-Marie Appelmans, «ce qui comptait, c'était le fric. Pour elle, c'était le moteur de tout. Plus que la cause, que l'idéologie, que les luttes sociales, ce qui comptait pour elle c'était l'argent, toujours l'argent». Mais l'un d'entre eux de préciser: «Cela ne veut pas pour autant dire que cela a toujours été comme ça, on a eu de bonnes années. Ça, on ne peut pas le nier. Mais depuis environ le milieu de l'année 2000, c'est devenu de plus en plus délirant.»

Il faut en effet laisser à Anne-Marie Appelmans le fait qu'elle a repris une régionale avec un gouffre financier impressionnant et qu'elle a su le combler. «A ce moment-là, on lui a fichu la paix. Dans des conditions pareilles, comment voulez-vous encore contrôler quelqu'un?»

Et c'est sans doute là que tout a commencé. «Anne-Marie, c'était un peu Madame Finances. Il n'y avait rien d'autre qui comptait pour elle. L'argent, toujours l'argent.» Un autre de poursuivre: «Elle regardait les subventions que l'on pouvait obtenir pour un projet. Quand elle avait trouvé un projet qui pouvait bénéficier de subsides, il fallait en inventer un, et peu importe quoi... ce qui comptait, c'étaient les subsides.» Et encore un autre d'enchaîner: «Toutes les failles du système, elles les a exploitées pour faire de l'argent.»

Et dans ce système, Rudi Nerinckx jouait un rôle crucial. Il était un peu le magicien de l'équipe. «Ce qu'Anne-Marie imaginait, Rudi le concevait. Pourtant, il n'a aucun diplôme de comptable, mais c'est ce qu'on appelle un financier. Un type qui peut tout manipuler dans les comptes pour obtenir ce dont il a besoin.»

Pas de message politique

L'argent est donc un noeud dans le cas Appelmans. «Elle n'avait pas le moindre message politique. Son message de gauche, c'était un produit qu'elle vendait. Pour preuve, il y a deux ans, au 1er mai, on avait invité les ONG. Le message était de partager le travail de ces organisations.»

«Les discours étaient orientés de cette manière. Juste après, les gens qui avaient travaillé à préparer ce premier mai ont voulu continuer dans cette voie avec les ONG. Anne-Marie a dit: Ça ne va pas, ce sont tous des cons, ils ne servent à rien!»

Car il faut être clair, Anne-Marie Appelmans est une comédienne. «Pour elle, ce qui comptait, c'étaient les médias. Qu'on parle d'elle. Le reste lui importait peu.» Ce personnage de femme de gauche, Appelmans le travaillait: «Elle était fière de dire qu'elle s'habillait dans des magasins de seconde main, elle aime jouer les victimes. Dans les réunions, elle arrivait toujours accablée en boitillant, comme si tout le poids du monde pesait sur ses épaules. Une fois sortie de la réunion, c'est tout juste si elle ne courait pas comme une gazelle. Elle jouait toujours un rôle.» C'est dans sa nature, serait-on tenté d'écrire.

Mais le pire, c'est qu'elle en était fière, de berner son monde, et elle en riait. «En sortant de certaines réunions avec la hiérarchie syndicale, elle disait souvent: «Ah!, je les ai bien eus!»

© La Dernière Heure 2003

Michaël Kaibeck