Faisons simple : le CBD, c’est du cannabis "light" contenant bien plus de molécules de cannabidiol (CBD) que de molécules de tétrahydrocannabinol, le fameux THC, qu’on retrouve dans l’herbe ou la résine de cannabis et qui a un effet psychoactif.

Les produits à base de CBD procurent un effet zen, relaxant et de bien-être, sans faire planer. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) souligne même les effets thérapeutiques du CBD et n’y voit pas de potentiels effets dangereux.

En Belgique actuellement, le CBD avec un taux de THC inférieur à 0,2 % n’est pas considéré comme psychotrope. Il est donc autorisé d’en consommer. Oui, mais…

Flash-back

Sous l’impulsion d’un marché florissant en Suisse et de la redécouverte d’une norme européenne autorisant la commercialisation de CBD avec un taux de THC inférieur à 0,2 %, on voit pousser comme des champignons des CBD-shops vendant ce produit sous toutes sortes de variantes et notamment des fleurs de CBD, à fumer ou à vaporiser. L’offre se met en place, certains flirtant parfois trop avec l’imagerie "cannabis" du produit mais la demande est réelle (voir encadré) et le marché économique est porteur.

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Jusqu’au 11 avril 2019 : à cette date sort un document provenant du Service public fédéral des finances classant le CBD comme tabac à fumer. "Ce qui soumet les fleurs de CBD aux accises sur le tabac, soit 53 %, dénonce Yves Coonen, de la Fédération belge du cannabis. Cela a rapporté plus d’un demi-million en six mois à l’État tandis que de nombreuses petites boutiques fermaient, leurs produits d’appel étant désormais devenus peu rentables. On est quand même le seul pays au monde où on peut acheter une fleur de cannabis light et la fumer mais pas la plonger dans l’eau chaude pour en faire une tisane", fulmine l’entrepreneur qui est à la tête de De Herborist, une société proposant des produits à base de cannabinoïdes légaux.

Selon l’Afsca, l’Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire, les denrées alimentaires ou compléments alimentaires à base de cannabis sont interdits en Belgique à moins d’avoir une dérogation pour chaque lot produit… Les CBD-shops se voient contraints à vendre de l’huile de CBD comme "produit d’ornement" pour certains ou "huiles de massage" pour d’autres avec la mention "Ne pas consommer", la condition pour que cela soit considéré comme légal. "Or, on a beaucoup de personnes qui viennent chez nous pour acheter ces huiles sur le conseil de leur médecin, pour leurs vertus thérapeutiques", regrette un vendeur chez Canna-House à Nivelles qui "ne peut donner aucun conseil concernant le taux de CBD qui va de 5 à 30 % ni la prise sublinguale par exemple qui permet de bénéficier des effets relaxants de l’huile de CBD".

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Si on s’arrêtait à ce paradoxe… mais non : pour by-passer les préparations magistrales sur ordonnance et très chères exécutées par le pharmacien, on trouve maintenant des huiles CBD en pharmacie, depuis le 12 février. Lesquelles, pourquoi ? On ne sait pas trop… Et même des compléments alimentaires comme le Valdispro Cannabis Sativa par exemple, contenant de l’huile de graines de chanvre… un produit non autorisé en principe mais qui l’a été sous la forme précise développée par Valdispro par le SPF Santé publique. 

Résultat : le flou est total et "cela diabolise le produit", remarque Yves Coonen, d’autant plus que c’est le bouche-à-oreille, les infos obtenues sur Internet et les conseils obtenus à demi-mot qui continuent de primer pour le choix des produits et leur utilisation individuelle. Chez Chanvre d'Ami dans le Brabant wallon, on a décidé de communiquer coûte que coûte, et notamment via la page Instagram autour des produits cosmétiques de qualité, tout en vendant à la clientèle des e-liquides et des huiles "qu'on a sélectionnées soigneusement en aval, parce que l'on sait ce que l'on veut, on sait de quoi on parle même si... on ne peut pas en parler", note, ironique, Vincent Lachenal, qui a lancé sa société avant 2019. "C'est vrai qu'il y a beaucoup de grossistes mais c'est là tout l'intérêt des CBD shops, c'est de proposer des produits choisis selon notre propre cahier des charges où l'on met la barre haut : la qualité, c'est notre carte de visite", conclut-il.

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Mauvaise volonté des pouvoirs publics

Pendant ce temps, la Belgique, qui a le climat et la terre idéale pour la culture du chanvre, selon ValBiom, prend un retard économique considérable sur le marché prometteur des extraits et huiles qui se développe à toute vitesse aux États-Unis, au Canada ou encore au Royaume-Uni, "qui vont rafler la mise car ils sont organisés et vendent déjà beaucoup vers l’Europe". Enfin, seul le taux de THC étant contrôlé, la qualité des produits n’est pas unanimement établie concernant les huiles comme les fleurs…

Michël Hoggé, d’Eurotox, met en avant la mauvaise volonté des autorités publiques à s’emparer d’une question clivante : "Les stéréotypes et préjugés dès que l’on entend le mot cannabis sont encore très marqués ." Résultat pour pallier le défaut de loi d’avant 2019, on a vite placé le CBD sous la législation tabac… Mais "si l’on regarde les textes fondateurs de cette législation, on peut constater un manque de connaissances et de volonté de connaissances : c’est du bricolage qui amène à un manque total de transparence pour le public". Or, si des études ont confirmé l’apport relaxant et son efficacité contre la douleur, il peut y avoir des effets indésirables : "Avec 57 médicaments classiques comme des antidépresseurs, des anticoagulants…"

Eurotox va d’ailleurs participer à une brochure d’information pilotée par le Fares avec Modus Vivendi et le Centre Alfa. Qui paraîtra d’ici quelques jours.

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Qui consomme du CBD en Belgique ?

Dans le tableau de bord 2020 de l’usage des drogues et ses conséquences socio-sanitaires en région wallonne et région de Bruxelles-Capitale, une enquête a été menée avec Le Vif à propos du CBD. Au total, 23,1 % des Belges sondés ont déclaré avoir déjà consommé des produits à base de CBD, et 21,3 % au cours des 12 derniers mois. Les usagers actuels de cannabis psychoactif sont clairement plus nombreux à déclarer avoir consommé du CBD au cours de la vie ou au cours des 12 derniers mois. Néanmoins, d’anciens usagers et des non-usagers de cannabis psychoactif rapportent également en avoir consommé. Les motifs : la curiosité (58 %) et la détente (29,2 %) mais aussi des motifs thérapeutiques (douleurs physiques : 38 % ; sommeil : 16,4 % ; anxiété : 17,5 % ; nausées : 2,2 % ; humeur : 4,3 % ; arrêt/substitution du cannabis psychoactif : 1,6 %). Et quelques usagers en ont consommé sur conseil de leur médecin (3,8 %).

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Les produits où l’on trouve du CBD

D’après les témoignages qui fleurissent, le CBD aiderait les personnes atteintes d’anxiété, de nausées, de maladies chroniques, inflammatoires (fibromyalgies), de la maladie de Parkinson, d’épilepsie, de schizophrénie, d’eczéma… Les utilisateurs le consomment en majorité sous forme de fleurs de CBD ou de résine à fumer ou à vaporiser ou encore à ingérer par voie orale (mélangé à des aliments ou en infusion) ou encore sous forme d’huile. Cela dit, si on peut en posséder, en fumer, l’ingérer n’est pas légal (voir ci-contre).

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Les CBD shops proposent aussi des e-liquides pour vapoter du CBD. On trouve même du CBD pour calmer les douleurs des chiens !

En revanche, ces boutiques ne peuvent plus proposer de produits alimentaires contenant du CBD. En pratique, les utilisateurs commandent chocolat, chewing-gums, infusions, confiseries (bonbons, sucettes, caramels…) sur des e-shops situés dans d’autres pays et qui livrent en Belgique. La situation de flou sur la réglementation du cannabis et l’impossibilité de déterminer directement si le taux de THC est de moins de 0,2 % laissent cependant à la discrétion de la douane le soin de contrôler colis et produits, y compris sur les colis contenant des fleurs et des huiles de CBD, même s’il y est stipulé qu’il s’agit d’un produit avec moins de 0,2 % de THC. En pratique, ces contrôles sont rares.

Enfin, les cosmétiques utilisant du CBD (crèmes, shampooings, produits douche, huile de massage…) sont de plus en plus populaires en massage contre les douleurs, la peau sèche, les inflammations…

On en trouve légalement en Belgique.