Société Depuis 25 ans, une théorie du complot vise à faire croire que cette ville allemande est un leurre.

C’est une histoire à peine croyable, née d’une simple plaisanterie, il y a bientôt 25 ans. Et si la ville de Bielefeld (Allemagne) n’existait pas ? Pourtant peuplée de 330 000 âmes, cette ville souffre depuis 25 ans d’une théorie du complot issue d’une boutade lancée par un étudiant lors d’une soirée avec quelques condisciples.

En 1993, Achim Held ne s’imagine pas qu’en annonçant, en guise de provocation, que la ville de Bielefeld n’existe pas, que ce qui n’est qu’une plaisanterie, prendra une telle ampleur. Au point, 25 ans plus tard, de rester l’un des hoax les plus répandus en Allemagne. Le complot de Bielefeld est né et il s’invitera jusque dans les manuels scolaires, fera l’objet de nombreux livres, émissions et même d’un film.

"À l’origine, c’était une blague interne dans le milieu étudiant de Kiel. […] La blague n’aurait pas fonctionné avec n’importe quelle ville, ça n’aurait pas marché avec Hambourg par exemple. Il fallait que ce soit déjà une ville insignifiante, sur laquelle personne ne sait rien - comme c’est le cas de Bielefeld", expliquait Achim Held au Spiegel en 2010.

Les complotistes sont nombreux à s’en être emparés, allant jusqu’à inventer les thèses les plus folles comme une invention du Mossad, de la CIA ou même… d’extraterrestres. Lorsqu’on parle des complotistes, on parle de "Ils" ou "Eux" dont la mission est de faire croire que la ville existe ! Et l’ex-étudiant s’en amuse encore aujourd’hui. Il a d’ailleurs créé une page internet où il met en garde ses visiteurs. "Attention ! Cette page contient des informations qu’ILS ne veulent pas voir diffusées. Ne sauvegardez donc pas cette page sur votre disque dur, parce que sinon vous êtes cuits, s’ILS sont soudainement devant votre porte ; et ça va plus vite qu’on ne le pense."

Régulièrement, la thèse du complot refait surface et, pour les autorités de la ville, il est temps d’y mettre un terme.

À l’occasion des 25 ans de cette soi-disant théorie, elles ont décidé de frapper un grand coup en offrant 1 million d’euros à qui sera capable de prouver une fois pour toutes que la ville n’existe pas, rapporte le Süddeutsche Zeitung, un journal allemand.

Les autorités précisent avec humour qu’il n’y a aucune limite à la créativité des participants, mais ajoutent également qu’elles sont sûres, à 99,99 % de pouvoir démonter toutes les théories qui leur seront soumises.

Un million d’euros, un beau coup de communication pour la Ville mais aussi pour les entreprises de la région. Car les autorités ne vont bien évidemment pas prendre le risque de dilapider 1 million d’euros provenant des caisses de la Ville. Ce sont en effet des entreprises et institutions impliquées dans l’image de la ville qui financent cette opération.

Si vous vous sentez l’âme d’un complotiste ou d’un génial créatif permettant d’apporter une thèse crédible à la non-existence de cette ville située à 300 km de Berlin, vous avez jusqu’au 4 septembre pour déposer votre candidature.

Passé ce délai, et si personne n’est parvenu à apporter la preuve que Bielefeld n’existe pas, les autorités ont pris la décision d’annoncer officiellement la fin du complot. Car à la mairie de la ville, on en a marre de voir quotidiennement les mails affluer de plaisantins qui n’hésitent pas à dire "vous n’existez pas !".

Dans la population, hors des frontières de Bielefeld bien entendu, les adeptes du complot sont nombreux et ils aiment en rire, au point d’affirmer par exemple que toutes les plaques d’immatriculation des résidents de Bielefeld (commençant par BI) sont… fausses. Tout comme il est de bon ton pour eux de rire lorsqu’on évoque simplement le nom de Bielefeld, en public ou à la télévision. Et ce n’est pas le discours d’Angela Merkel, en 2012, qui a permis de mettre fin aux moqueries.

Lors de l’attribution du prix social allemand pour ses débats avec les citoyens, elle fit allusion à l’un de ces débats menés à Bielefeld en ajoutant : "… si toutefois elle existe". L’assemblée apprécia et se mit à rire, encourageant la chancelière à enfoncer le clou. "J’ai l’impression que je suis déjà allée là", avant d’ajouter : "j’espère, qu’ILS me permettront d’y retourner".