Les smartwatchs au poignet de nos enfants, c’est bien pour rassurer les parents mais cela laisse à désirer en matière de sécurité.

Nous sommes connectés de plus en plus tôt, c’est indéniable. Les recommandations ont beau se multiplier pour éloigner les plus jeunes des écrans et de la technologie lorsqu’ils sont enfants, les possibilités pour "faire comme papa et maman" sont omniprésentes. Ordinateurs, tablettes, GSM et même montres connectées sont déclinées dans leur version "enfant", se voulant éducative et inoffensive. Pourtant, on en est loin.

Si on éloigne nos enfants des réseaux sociaux lorsqu’ils sont trop jeunes pour des raisons de sécurité, les dangers peuvent se trouver ailleurs. Précisément dans ces nouvelles technologies qui se veulent adaptées aux plus jeunes. Montres connectées incluses. Erik Boucher, ingénieur en sécurité à la CNIL (commission nationale de l’informatique et des libertés) en France, a rappelé cette semaine dans une interview pour nos confrères de Konbini à quel point les smartwatchs peuvent être rassurantes pour les parents mais menaçantes pour les enfants. En 2017, Test-Achats, chez nous, mettait déjà en garde les parents contre les dangers de ces montres.

L’enfant fliqué

Au départ, l’achat d’une montre connectée pour son enfant peut être une démarche louable. Cela permet de rassurer les parents qui peuvent savoir où est leur enfant, s’il est en difficulté ou le contacter en cas de nécessité. À l’intérieur de la montre se trouve l’équivalent d’un mini-téléphone : écran tactile, carte sim, micro pour passer des appels. Sur Internet, on en trouve déjà pour quelques dizaines d’euros. Ces petites merveilles de technologie permettent de géolocaliser l’enfant en permanence, savoir s’il est rentré à la maison ou s’il est à l’extérieur d’un certain périmètre. Les parents peuvent également décider d’activer le micro de la montre pour écouter ce qui se dit autour de l’enfant lorsqu’ils suspectent une potentielle menace.

Mais une fois au poignet des plus jeunes, cela peut devenir un danger. Des personnes mal intentionnées peuvent décider de rentrer dans le système de la montre pour envoyer des messages à l’enfant ou le pister tout en accédant à ses données. Erik Boucher affirme que sur les différentes montres qu’ils ont essayé de hacker, la sécurité n’a, en général, pas résisté plus d’une demi-journée. Sur certaines montres, une société de sécurité a même réussi à prouver qu’il était facile de prendre la main sur le serveur du fabricant et donc avoir accès aux données de localisation de millions d’enfants, explique encore l’expert. Sans parler de l’utilisation on ne peut plus nébuleuse des données personnelles de l’enfant. Elles peuvent être stockées sur des serveurs et ensuite revendues à des sociétés commerciales.

Il y a trois ans, l’homologue norvégien de Test-Achats, Forbrukerradet, ainsi que sept associations américaines, sont arrivées aux mêmes conclusions de risques pour les enfants. "Ces smartwatchs avec fonction GPS n’ont pas leur place en magasin ou en boutique en ligne, et encore moins au poignet des enfants", estimait alors Test-Achats.

Avant d’acheter une telle montre, Erik Boucher conseille fortement de vérifier les conditions d’utilisation et le niveau de sécurité proposés par les marques. Certains tests de sécurité ont déjà été effectués et les résultats peuvent être consultés avant l’achat. Et avant toute chose, il est nécessaire de se poser une question : "Est-il vraiment utile de fliquer mon enfant à un tel point ?"