Société Cette année, le muguet belge (flamand, en fait) sera plus beau que le nantais. Son juste prix ? "2€ le brin... Maximum !"

C’est une tradition avec laquelle on ne badine pas : le 1er mai, on offre du muguet. Fleur aussi délicate qu’éphémère, le sacro-saint brin et ses jolies clochettes représentent une aubaine formidable pour les fleuristes du pays : "Le jour du muguet fait assurément partie des trois meilleurs jours de ventes pour les fleuristes belges francophones. Derrière la Saint-Valentin et surtout la Fête des mères, jour le plus rentable de l’année", dixit Michel Lepenne, responsable de l’Union oyale des fleuristes de Belgique (URFB).

arrivé un... brin trop tôt l’an passé (il faisait meilleur et plus chaud, il est vai), le muguet sera en revanche, cette année... un peu en retard ! "90% du muguet que vous achèterez dimanche provient de Nantes, capitale mondiale de cette fleur. Sauf que même là-bas, il est en retard ! Il a fait trop froid, et les derniers jours, cruciaux pour la fleur, sont beaucoup trop humides. Or, l’humidité est l’ennemi n°1 du muguet. Une demi-heure sous la pluie et votre brin peut voler à la poubelle..."

Résultat ? "Ne vous en faites pas, le muguet sera bien là, et en quantité suffisante. Mais il risque d’être un chouïa moins beau que l’an dernier, avec des clochettes plus verdâtres, d’un blanc moins éclatant." Du moins pour l’immense majorité du muguet importé. Le muguet belge, lui, sera bien plus éclatant ! "C’est vrai, je l’ai vu ce matin à la criée aux fleurs de Bruxelles, et le muguet belge est plus beau. Il faut savoir qu’il persiste quelques horticulteurs de muguet en Belgique. Le paradoxe ? Il est exclusivement cultivé par des Flamands... pour les Wallons. Les néerlandophones n’offrent en effet pratiquement pas de muguet le 1er mai... En revanche, ils ont les terrains propices, à la fois sablonneux et soumis au Gulf Stream, que n’ont pas les Wallons..."

Quid du prix ? Michel Lepenne ne pronostique ni une hausse ni une diminution de son tarif, "très variable" selon que vous soyez "un petit fleuriste du Luxembourg ou une maison d’art nouveau - ou d’art de rouler les gens - qui paye très cher son loyer... Je dirais toutefois que le muguet, à un tarif décent, doit se vendre entre 1 et 2 € le brin. Attention : le brin, pas le bouquet ! Deux brins ornés d’une orchidée ou d’un freesia, oui, selon la quantité et l’endroit, ça peut valoir 5 €."

"Il faut comprendre , reprend notre homme, que c’est une fleur à risque. Primo, parce qu’elle est très délicate et exigeante en matière de conditions climatiques. S’il fait aussi froid et humide dimanche qu’aujourd’hui, cela va être compliqué ! Un excès d’humidité peut vous ficher une production en l’air... Pour moi, le muguet est une fleur quitte ou double : elle peut tant me mettre en faillite dans les pires scénarios que me permettre de m’offrir une Mercedes si tout s’est déroulé de manière optimale. Deuzio, parce qu’elle ne se vend que le 30 avril ou le 1er mai. S’il me reste 1.000 brins le 2 mai, je ne peux pas les vendre. Et enfin, tertio, parce que chaque année, les fleuristes sont soumis à une concurrence déloyale de vente à la sauvette illégale qui intéresse peu nos autorités, qui considèrent cela comme du folklore. Le SPF Économie semble en effet trop occupé à contrôler les boîtes noires et les polices locales sont dépêchées par nos bourgmestres pour couvrir les festivités du 1er mai..."