Le Portugal a couvert ses besoins grâce aux énergies vertes durant 107 heures. La Belgique est au tiers du chemin.

Le Portugal a vécu durant 107 heures uniquement sur sa production d’énergie renouvelable, du 7 au 11 mai dernier. Un joli record à mettre au crédit de l’hydroélectrique et de l’éolien, mais aussi à relativiser : le Portugal a bien vécu d’énergie renouvelable, mais seulement pour sa consommation électrique - le transport consommait toujours du fuel, notamment.

L’étape ainsi franchie n’en reste pas moins remarquable, et pose une question : quid de la Belgique ? D’autres États européens ont, en effet, déjà compté uniquement sur le renouvelable durant des périodes relativement limitées (lire ci-contre). Tous disposent d’une production de type renouvelable très importante.

Ainsi, selon les statistiques européennes, la part du renouvelable dans le mix électrique belge atteignait 13,4 % en 2014. Le Portugal, lui, dépassait déjà les 52 %, à force d’investissements conséquents dans ce domaine. L’hydroélectrique et l’éolien en tête, le photovoltaïque plus doucement.

Cette part ne fait pas tout. Ainsi, rappelle Benjamin Wilquin, secrétaire générale de l’Association pour la promotion des énergies renouvelables (APERe), "le 9 juin 2015, grâce au beau temps et au vent, nous avons observé un pic de production en renouvelable qui a couvert un tiers de notre consommation".

Un tiers, c’est encore bien loin de la totalité, "mais cela a été réalisé en dix ans", insiste M. Wilquin. Selon qui la marge de progression est encore large, notamment en photovoltaïque, grâce à l’énergie déversée en masse par le Soleil. "Aujourd’hui, le renouvelable produit l’équivalent de Doel 1 et 2, la transition est en marche et l’on pourrait fermer ces réacteurs."

Comment, alors que la Belgique était sous la menace d’une pénurie ? D’une part, donc, grâce aux énergies renouvelables, dont les technologies sont de plus en plus matures et moins chères. D’autre part, grâce aux interconnexions, qui permettent l’import d’électricité produite, en excédent, chez nos voisins.

Pour autant qu’il existe (coopération européenne accrue ?) et que le réseau belge accepte ces évolutions.

Pour rappel, 2,2 milliards sont destinés à son renfort dans les prochaines années. Reste une véritable inconnue : quelle sera la volonté de reconnaître le renouvelable à sa juste capacité ? Soit jusqu’à 30 % en dix ans…


Le Portugal n’est pas le champion

Les énergies renouvelables occupent depuis longtemps le débat européen. Certains pays ont pris ce train en marche très tôt, comme le Portugal où l’Espagne, dont une part énorme de l’électricité produite l’est déjà sur base d’énergies renouvelables (solaire, vent, eau…).

Le Danemark et l’Allemagne se sont aussi déjà distingués en couvrant 100 % (théoriques, la production conventionnelle est toujours activée pour faire face aux fluctuations de la consommation) de leurs besoins en électricité (pas en chauffage ni en transport) durant de courtes périodes de temps. Comme le Portugal, ces exploits ont donné lieu à des communications enjouées. Si la Belgique est encore loin de ce 100 % convoité, selon une étude consacrée à ces énergies par Elia, elle devrait respecter l’objectif européen : 20 % d’ici 2020. En conditions optimales, elle a déjà couvert jusqu’à un tiers de ses besoins.

Le champion européen reste par contre la (discrète) Norvège, certes non-membre de l’UE, mais dont plus de 100 % des besoins électriques sont couverts par du renouvelable. Cela dit, l’hydroélectrique y est considéré comme normal et la Norvège distingue donc le nouveau renouvelable (éolien, solaire) de cette capacité historique.