L'OICS fustige le laxisme de certains pays face à cette drogue douce

BRUXELLES L'Organe international de contrôle des stupéfiants (OICS), qui dépend de l'ONU, a publié, il y a peu, son rapport 2002 sur le trafic de drogues.

Le document stigmatise entre autres le laxisme de certains Etats membres de l'Union européenne, dont la Belgique, à l'égard de la détention de cannabis.

Cette drogue, dite douce, continue à être cultivée illicitement sur le Vieux Continent, et il semble que cette culture soit en progression sensible. En 2002, comme les années précédentes, "le cannabis reste la drogue dont il est le plus fréquemment fait abus en Europe et dans le monde», indique le rapport.

Cette substance peut avoir «des potentialités dangereuses», selon le Dr Robert Lousberg, expert à l'OICS. Elle figure d'ailleurs dans la liste des drogues répertoriées dans la Convention unique sur les stupéfiants de 1961, ratifiée par la Belgique.

Ses propriétés thérapeutiques n'ayant pas encore été scientifiquement prouvées et ses applications médicales éventuelles pouvant être substituées par d'autres médicaments, le cannabis doit continuer à faire l'objet de sanctions sévères au même titre que les autres drogues, comme l'héroïne, estime l'OICS.

C'est pourquoi, écrivait-il déjà dans son rapport 2001, "accorder au cannabis le même statut qu'au tabac et à l'alcool constituerait une erreur historique».

Sont ainsi visés les pays d'Europe occidentale qui ont ou vont adopter des textes de loi dépénalisant la possession de cannabis à usage personnel (notamment l'Espagne, l'Italie, le Luxembourg et le Portugal).

"C'est une ineptie, rétorque le Dr Dominique Lossignol, cancérologue et responsable du traitement de la douleur à l'Institut Bordet. Les expérimentations sur les vertus thérapeutiques du cannabis montrent que cette substance agit à des endroits spécifiques du système nerveux, où d'autres médicaments n'agissent pas. Le cannabis est efficace contre la douleur, les nausées ou la fatigue».

Même son de cloche du côté du cabinet du ministre de la Santé publique, Jef Tavernier (Agalev). «L'OICS affirme que le cannabis peut être remplacé par d'autres médicaments, mais reconnaît que l'on ne dispose pas encore d'état des lieux complet en matière médicale. D'où l'utilité de poursuivre les expérimentations dans ce domaine!», déclare Christophe Marchand, expert drogues auprès du ministre.

Ce dernier conteste également l'interprétation trop restrictive, par l'OICS, des traités internationaux «qui ne sont pas contraignants. Les organes de contrôle de l'ONU sont sous la domination des Etats-Unis, qui pratiquent une politique répressive de tolérance zéro. Une conception aux antipodes de l'approche de santé publique adoptée par l'Allemagne, la Suisse et la Belgique, par exemple».

Un francophone sur cinq a déjà fumé un joint

BRUXELLES Le Rapport national belge sur les drogues de 2002 révèle quelques chiffres intéressants sur la consommation de cannabis en Belgique.

Un adulte (de 18 à 49 ans) sur cinq de la Communauté française aurait déjà expérimenté le cannabis au moins une fois. Une proportion qui correspond à la moyenne européenne. La plupart des adultes affirment qu'ils peuvent se procurer du cannabis assez facilement près de chez eux. Le pourcentage de jeunes de 15 et 16 ans ayant déjà usé de cette drogue dite douce est passé de 15 à 21 % sur la période 1994-2000.

Au niveau européen, sur base des derniers chiffres disponibles (2000), au moins 45 millions d'Européens, dont 18% âgés entre 18 et 64 ans, se seraient déjà laissé tenter par un joint. Ici aussi, ce sont surtout les jeunes qui y ont recours. La curiosité est la première motivation invoquée et l'usage de cannabis est de le plus souvent expérimental ou occasionnel.



Très efficace pour traiter la douleur

Les vertus thérapeutiques de cette drogue sont à l'étude

BRUXELLES Depuis septembre dernier, l'Institut Bordet (Bruxelles) étudie l'usage du cannabis dans le traitement de la douleur en cancérologie. Pas encore définitifs, les résultats n'en sont pas moins encourageants. «Le cannabis agit sur la douleur et possède un effet de sédation. Dépourvu d'effets secondaires, il représente une alternative pour les personnes sensibles aux produits traditionnels», explique le prof. Isy Pelc, chef du service de psychiatrie du CHU Brugmann.

Un médicament à base de cannabis ne serait pas à exclure dans un avenir plus ou moins proche. «Tout porte à croire qu'il sera d'abord commercialisé en Angleterre, où les études touchent à leur fin», prévoit le Dr Dominique Lossignol, cancérologue et responsable du traitement de la douleur à l'Institut Bordet.

Si l'expérimentation thérapeutique est déjà bien avancée, la recherche sur les dangers potentiels du cannabis pour la santé des usagers récréatifs ne fait que commencer.

"Il faut d'abord mener à bien les études cliniques avant de se poser en tribun de la dangerosité ou du caractère inoffensif du cannabis», déclare le Dr Lossignol.

Ses conséquences sur le système nerveux et les facultés intellectuelles des amateurs de joints sont toutefois reconnues. «Des problèmes pulmonaires, liés au fait que le cannabis est généralement fumé avec du tabac et du papier peuvent être constatés. Le cannabis diminue également la faculté de concentration et de mémoire. Un fumeur se reconnaît généralement à son apathie et à son manque de dynamisme», explique le prof. Pelc.

Quant à l'état de dépendance, »il dépend du profil personnel de l'individu et de la quantité consommée. Mais celle-ci est difficilement chiffrable», conclut le Dr Lossignol.