Lancé hier matin, un groupe Facebook réunit déjà plus de mille indépendants en colère.

Installé le long de la chaussée d’Ophain, Ronald Van Bochaute est une figure connue du monde automobile brainois. Gérant d’un garage indépendant, il déplore l’absence totale d’aide en provenance du gouvernement. "Avec le confinement, nous avons perdu énormément de clientèle, déplore-t-il. J’ai dû mettre mon seul ouvrier au chômage temporaire."

Ronald a pourtant le droit d’ouvrir son établissement. "Mais seulement pour les réparations urgentes. Or, ce n’est pas ça qui occupe le plus les journées d’un garagiste. Jeudi, ma seule intervention, c’était pour changer la batterie d’une personne qui devait se rendre à l’hôpital pour une dialyse le lendemain. Ce n’est pas ça qui va payer mes factures ou rembourser mon emprunt. Avec le confinement, il est aussi plus difficile d’obtenir des pièces pour les réparations urgentes. Autant dire qu’il est impossible de travailler dans ces conditions."

Ronald espérait pouvoir toucher l’indemnisation de 5 000 € promise par le gouvernement wallon. "Mais je n’entre pas dans les critères. Je n’ai pas été obligé de fermer par le gouvernement mais j’y ai été contraint par la force des choses. Aujourd’hui, quand je travaille, je perds de l’argent."

C’est pour dénoncer cette situation que Vincent Maillen, promoteur immobilier du côté de Namur, lance aujourd’hui un grand coup de gueule. "Les indépendants sont la vache à lait de l’État, peste-t-il. Chaque mois, chaque jour, chaque minute, nous devons payer impôts et TVA. Entre ce qu’on facture au client et ce qu’on a dans notre poche, l’État se sert allégrement. Mais pour que la vache continue à faire du lait, il faut aussi pouvoir la nourrir. Et en ces temps compliqués pour nous, l’État doit nous aider bien plus qu’il ne le fait actuellement."

Le fédéral a pourtant promis une indemnité de 1 291,69 € (le fameux droit passerelle) aux indépendants contraints de fermer . "Une somme brute ! Que pouvons-nous faire avec cela alors qu’on a des traites, des loyers, des factures à payer ?"

L’autre injustice, déplore Vincent Maillen, par ailleurs élu CDH à la Ville de Namur, concerne l’indemnisation de 5 000 € allouée aux indépendants de Wallonie. "À certains indépendants seulement , précise Vincent Maillen. Tous n’y ont pas droit. Notamment ceux qui peuvent ouvrir mais qui n’ont pas de clients car ils sont tous cloîtrés chez eux. C’est une incroyable injustice."

Pour avoir plus de poids dans les négociations, Vincent Maillen a donc créé, lundi matin, un groupe Facebook pour rassembler un maximum d’indépendants.

Sobrement intitulé "Indépendant", il réunissait déjà, hier soir, près d’un millier d’adhérents. "On en a marre d’être sans arrêt les laissés-pour-compte alors que les fonctionnaires sont bien au chaud chez eux. Pourquoi ne pas les faire aussi participer à l’effort collectif en ponctionnant 10 % de leur salaire pour les donner aux indépendants ? Si les différents gouvernements n’agissent pas, de nombreux indépendants vont être dans la mouise. Et c’est toute l’économie belge qui en pâtira. Si des milliers d’indépendants font faillite, ce sont autant de milliers de personnes qui ne créeront plus de richesses. Il faut investir maintenant pour nous aider à continuer à créer de la richesse, pour ne pas devoir payer plus tard des allocations de chômage sans aucun retour positif pour l’économie."

Vincent Maille conclut amèrement : "Quand on voit la gestion de la crise, on en a ras le bol. Des milliers d’euros sont gaspillés chaque jour. Si on gérait notre entreprise comme l’État gère la crise, on irait tout droit en prison."

© D.R.