Cet impact limité est dû dans une large mesure aux mesures d'aide sociale qui ont fortement contribué à absorber le choc. Le taux d'emploi est resté quasiment stable - autour de 70% en 2020 - tandis que le taux de chômage a augmenté pendant l'été pour atteindre 6,9 % (contre 5,3 % en janvier et février 2020), mais a de nouveau baissé en automne. Les données administratives sur l'emploi montrent qu'il n'y a pas eu de destruction nette d'emplois dans le secteur privé.

Le volume de travail a, par contre, fortement diminué pendant les périodes de fermeture. Les recours à la réduction du temps de travail et aux mesures de soutien aux indépendants ont été immédiats et massifs. Le recours au régime de chômage temporaire a atteint près de 40 % de la main-d'?uvre, et le recours au droit passerelle pour les indépendants a atteint 50 % de l'ensemble des indépendants. Les travailleurs en chômage temporaire ont clairement un profil plus faible, note le rapport. Selon ses conclusions, le remplacement du revenu des principales mesures est plutôt adéquat pour les niveaux de salaire inférieurs, bien que, pour les faibles revenus, même une baisse de revenu relativement faible peut être problématique. En outre, une dépendance prolongée, c'est-à-dire cumulée, au chômage temporaire entraînera des pertes de revenus plus importantes, ajoute le rapport.

L'impact sur le taux de pauvreté reste lui aussi limité. Le rapport se fonde sur une étude prospective du consortium Covivat pour en estimer à 1,2 pp l'augmentation au mois d'avril 2020. Les données sont encore incomplètes mais il apparaît que l'indicateur de privation matérielle est resté stable entre 2019 et 2020. Le nombre de bénéficiaires du revenu d'intégration sociale a augmenté légèrement plus que les années précédentes. En revanche, l'aide sociale supplémentaire a quant à elle clairement augmenté, en particulier en ce qui concerne l'aide alimentaire, l'aide financière supplémentaire et la médiation de dettes.

L'impact de la dépendance des travailleurs les plus vulnérables aux mesures d'urgence reste à évaluer. "La reprise, et son intensité en termes de travail, sera également un facteur crucial pour éviter qu'une plus grande partie de la population ne tombe dans une dépendance plus permanente aux prestations et dans la pauvreté", ajoute le rapport.

Le SPF Sécurité sociale pointe aussi les inégalités au-delà des revenus, par exemple dans les conditions de vie et de logement. Les impacts doivent encore être évalués mais "l'exposition à la Covid-19 pourrait avoir été plus importante pour les catégories les plus faibles", souligne-t-il. La fracture numérique pourrait également avoir limité l'accès aux services pour les catégories les plus faibles. Les effets sur le système éducatif, notamment l'enseignement à distance, devront aussi être étudiés attentivement quand on connaît les résultats inégaux de l'enseignement belge.