Près d'un quart des personnes handicapées en Belgique courent le risque de tomber dans la pauvreté. C'est deux fois plus que le risque de l'ensemble de la population, d'après un ouvrage épais de 300 pages, présenté mardi par le SPF Sécurité sociale et le SPP Intégration sociale.

"Au cours des dix dernières années, la Belgique n'a pas été en mesure de réduire l'écart entre les personnes handicapées et non handicapées", a souligné le Dr Koen Hermans (KULeuven), qui a dirigé les travaux.

Son livre, intitulé "Pauvreté et handicap en Belgique", compile une série de recherches effectuées par des experts et académiciens sur les interactions entre ces deux domaines trop souvent étudiés séparément. Il met en exergue les facteurs spécifiques agravant la précarité des personnes handicapées comme les coûts supplémentaires associés au handicap, le difficile accès au marché du travail et les pièges à l'emploi, la faible participation sociale ou encore la pauvreté infantile. Autant d'obstacles à une vie économiquement et socialement épanouie.

Atteinte d'un handicap, Lies Van Peperstraete témoigne. Elle travaille à temps partiel à la haute école Artevelde de Gand. Ses revenus ne peuvent excéder 22.800 euros brut par an, faute de quoi elle perd une partie de son allocation, nécessaire à la prise en charge des coûts supplémentaires engendrés par son handicap, explique-t-elle. Chaque année, elle est donc contrainte de prendre un congé sans solde. "Je me sens discriminée par rapport à mes collègues qui font le même travail que moi", expose-t-elle.

Au cours des dernières années, un nombre croissant de personnes ont eu recours aux indemnités de maladie et d'invalidité ainsi qu'au régime des allocations. Koen Hermans note toutefois que ce n'est pas le cas pour les personnes issues de l'immigration. "Cette différence soulève de nombreuses questions quant à l'accessibilité de la procédure", ajoute-t-il.

Outre un état des lieux de la situation de pauvreté des personnes handicapées en Belgique, l'ouvrage propose une série de recommandations politiques en faveur d'une meilleure protection de leurs revenus, d'une réduction des pièges à l'emploi ou encore d'un suivi optimal de leur participation sociale et du degré de liberté de choix individuel.

"J'espère que cette étude servira de catalyseur pour mener un débat fondamental sur la situation des personnes handicapées", a conclu Koen Hermans.

Pour la ministre de tutelle, Nathalie Muylle (CD&V), "ce livre montre le chemin à suivre", a-t-elle fait savoir. Son cabinet remettra une copie au formateur du gouvernement fédéral à venir.