L'heure est au déblayage en province de Liège après les violentes inondations qui ont tout ravagé sur leur passage. Dans les rues de Tilff, les stigmates des inondations sont encore bien présents. Des voitures abandonnées sur la voirie recouvertes de boue et se juxtaposant les unes sur les autres, et encore des torrents d’eau qui se faufilaient jusque dans les caves. 

"Je mets la clé sous le paillasson"

Antoine Champagne peut faire une croix sur sa brasserie, La Grignotte, implantée dans le centre de Tilff. “Notre bail se terminait au mois de mars mais on va devoir mettre la clé sous le paillasson dès maintenant. Les dégâts sont trop nombreux. Nous avons eu un mètre 80 d’eau à l’intérieur du restaurant, la chambre froide lourde d’une tonne et demie et comptant notamment 200 kg de moules que nous venions de réceptionner, s’est retournée. Je ne sais même pas comment c’est possible. La friteuse, les taques de cuisson, le four, tout a berné dans l’eau pendant de longues heures et plus rien n’est utilisable”, explique le trentenaire. “Mon sentiment est partagé entre le dégoût et la tristesse. On a déjà eu le Covid, je tiens un autre commerce à Neupré, et là les ennuis recommencent. De plus, on va devoir remettre la maison aux normes et cela va nous prendre des années de travaux."

© DR

"L'eau est montée à une vitesse hallucinante"

Sur le pas de sa porte, Joachim n’en croit pas ses yeux. “Je me sens un peu dépité mais bon, en ce qui me concerne, ce n’est que matériel”, assure ce gérant d’un magasin de livres et de jouets dans le centre de Tilff, tandis qu’une personne âgée se fait évacuer par un canot de sauvetage. “Je quittais mon commerce mercredi soir. Je me suis dit que ça allait aller puisque l’eau n’avait pas encore atteint le Ravel qui longe l’Ourthe", explique Joachim. "J’ai tenté de revenir le jeudi matin mais les inondations étaient telles que je ne suis pas parvenu à atteindre mon magasin. Ce n’est que ce vendredi matin que j’ai pu revenir pour constater les dégâts. L’eau est montée à une vitesse hallucinante. On essaie de mettre un maximum de livres à l’abri car ceux qui n’ont pas été touchés par l’eau commençaient à s’humidifier. Nous n’avons pas encore pu solliciter de l’aide puisque l’eau entre encore dans les caves. C’est embêtant pour nous, mais il y a des gens qui sont dans des pires conditions et on pense fort à eux."

© Ennio C.

"Quand on est au fond du trou, on ne peut que remonter"

“Je me suis retrouvé avec un mètre 40 de flotte dans ma salle à manger”, explique Jean, 68 ans, qui a toujours vécu à Pepinster. “J’avais pourtant tout repeint il y a trois semaines. Pour le moment, je reste chez ma fille. On va voir avec le CPAS de Theux s’il y a une possibilité de relogement mais j’imagine qu’ils doivent être submergés de demandes. On hésite à louer une caravane et s’installer sur un terrain vague. J’ai toujours vécu à Pepinster, je n’ai jamais vécu une chose pareille. Mais je tente de rester positif, quand on est au fond du trou, on ne peut que remonter , poursuit Jean. 

© Ennio C.

"Tous ont perdu des souvenirs, il suffit de voir les objets qui jonchent les voies de chemin de fer"

Plus loin, Miguel marche sur les voies ferrées hors service après les inondations. “J’habite sur les hauteurs et j’ai voulu donner un coup de main. Là, je reviens de chez ma maman qui a été prise au piège également. Je suis triste pour la ville et les gens. Tous ont perdu des souvenirs, il suffit de voir les débris qui jonchent les voies de chemin de fer. Maintenant, seules la solidarité et l’entraide comptent.”

© Ennio C.