NAMUR Hier, place d'Armes, le rendez-vous des ados namurois pendant le temps de midi.

Quel impact la pornographie exerce-t-elle sur les jeunes ? François, Jérémy, Renaud, Bastien ont entre 16 et 18 ans. Ils fréquentent les bonnes écoles du centre-ville. Ils répondent sans détour : oui, ils consultent fréquemment les sites Internet censurés.

Cinq à dix fois par jour

À quelle fréquence ? Cela dépend : deux ou trois fois par jour. Voire plus, cinq à dix fois, lorsqu'ils sont en congé. Ils regardent aussi les chaînes du genre Be TV ou ils se passent une bonne vidéo porno, une par week-end en moyenne.

Ils sont d'ailleurs incollables sur les noms de ces sites. "Il suffit de s'acheter un kit à 20 euros dans la rue pour les détourner. Il faut un peu s'y connaître."

Quant aux films, ils connaissent leurs classiques : Vingt mille vieux sous mémère ou Cinq Vierges et un étalon...

À la base, le porno sert d'outil d'éducation sexuelle : "J'avais 13 ans quand j'ai commencé. Mon père est au courant, commente Bastien. Il m'y encourage d'ailleurs. Il craignait que je sois homo. Alors, il me donne 10 euros par week-end pour cela. Il préfère que je dépense mon argent à louer des vidéos pornos plutôt qu'à acheter des cigarettes", rigole-t-il. "Moi j'avais peur de n'être pas apte au lit. Avec ces films, je m'y connais."

Manque de charme

Cela dit, le porno ne leur arrache pas des cris d'admiration : "Les dialogues dans les films ne sont pas très recherchés, c'est cru. Cela manque de charme. Quand il y a un peu de suspense, c'est pas mal. Les pornos policiers, je préfère."

Les garçons le disent : le porno, ça leur permet de vider les parties génitales. Ils se sentent alors relaxés, décontractés. Mais cela dévalorise l'image de la fille.

"Si un garçon me faisaitla même chose, je m'enfuirais"

Quant aux filles, elles semblent nettement moins accros que les garçons, même si le porno n'est pas absent de leur sphère :

"J'avais 9 ans quand j'ai vu mon premier film porno, raconte Émilie. Je cherchais u n jour avec ma demi-soeur un dessin animé parmi les vidéos de mes parents. Et je suis tombé sur un film porno. C'est vicieux, cru, violent. C'est hard pour les petites filles, ça risque de les dégoûter. D'ailleurs, ce n'est pas conforme à la réalité. Ça ne se passe pas comme ça dans la vie. Si un garçon me faisait ce que l'on fait dans les films pornos, je m'enfuirais tout de suite. Les films érotiques sont plus appropriés pour les enfants. Mais le mieux, c'est d'être éduqué, le plus tôt possible. Pour le reste, je préfère l'amour réel au virtuel."



© La Dernière Heure 2006