Le député européen veut que la Belgique légifère enfin en la matière. La Belge Frédérique Ries qu'elle applique enfin ses lois.
Certains y verront une ingérence d’un Français envers notre pays, d’autres diront que sa sortie est tout à fait légitime. Toujours est-il que le député européen Raphaël Glucksmann (Place publique-PS) exige, dans les colonnes du Parisien, que les responsables du Carnaval d’Alost s’excusent pour les caricatures antisémites observées lors de la dernière édition, et qu’ils "promettent de mettre fin à ces caricatures".

Faute de quoi, le député européen plaide pour "une interdiction légale". En bref, Raphaël Glucksmann presse la Belgique de légiférer pour que soient désormais interdits les caricatures, sketches et autres blagues sur les juifs. "On ne se marre pas sur les chambres à gaz, poursuit Raphaël Glucksmann. Ces images sont des crachats sur les victimes des camps de concentration."

À défaut d’une nouvelle législation permettant d’interdire ces caricatures antisémites, le député européen veut que le Parlement dans lequel il siège prenne ses responsabilités en instaurant une régulation à l’échelle européenne.

Présente au sein du Parlement depuis une vingtaine d’années, Frédérique Ries (MR) indique qu’une telle régulation existe déjà mais qu’elle n’est en réalité pas vraiment appliquée. "En 2008, explique-t-elle, une décision-cadre avait été prise. Elle avait pour objectif d’harmoniser les législations de chaque pays membre de l’Union européenne afin d’éviter les dérives que l’on constate aujourd’hui. Or aujourd’hui, force est de constater que l’on n’y est pas. Il y a des différences considérables entre les législations des différents États membres."

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Au sein du groupe de travail sur l’antisémitisme qu’elle préside à l’Europe, Frédérique Ries se bat quasi quotidiennement pour faire cesser le négationnisme et ces caricatures antisémites. "Lorsque l’on compare ces caricatures à celles du journal de propagande allemande Der Stürmer (NdlR : du temps du IIIe Reich) , on constate que les mêmes codes sont utilisés. Ceux qui visaient à déshumaniser les juifs en les faisant passer pour des insectes."

Au lendemain du Carnaval d’Alost, la députée européenne belge tacle aussi les autorités de notre pays. "La Belgique a l’une des législations européennes les plus avancées de l’UE en matière d’antisémitisme mais elle ne l’utilise pas. On donne tous les pouvoirs au bourgmestre d’Alost qui se retranche derrière la liberté d’expression. Mais ici, on est carrément dans le cadre du délit. Si le bourgmestre ne réagit pas, la justice devrait intervenir. Mais que font le parquet ou Unia (NdlR : le centre pour l’égalité des chances) ? Rien. Je suis honteuse pour mon pays. Honteuse de voir ça en plein cœur de l’Europe, aux portes de Bruxelles."

À défaut de réaction rapide des autorités belges, Raphaël Glucksmann a, lui, sa petite idée pour "troller" l’édition 2021 du Carnaval d’Alost. "Faisons-en un point de rendez-vous de la lutte contre l’antisémitisme et le racisme. Et soyons y des centaines de milliers à empêcher les badauds d’applaudir des nazis goguenards avec une bière."