Les universités réfléchissent à des "facilités financières" pour aider leurs étudiants.

Lundi, en fin d'après-midi, les différentes universités francophones du pays ont, de concert, annoncé la prolongation de l'enseignement à distance jusqu'à la fin de l'année universitaire, en raison du confinement décrété dans le cadre de l'épidémie de coronavirus. Objectif avoué : éviter une propagation importante au sein de la communauté estudiantine en raison d'un trop grand nombre de personnes sur les différents campus.

La décision, saluée par tous, risque toutefois de poser d'importants problèmes financiers aux étudiants kotteurs. On effet, certains ont choisi, légitimement, de rentrer chez leurs parents pour observer le confinement. Ils se retrouvent dès lors à devoir payer, chaque mois, le loyer d'un kot qu'ils n'occuperont plus cette année.

C'est notamment le cas de Lara et d'Emilie, respectivement étudiantes en bac 2 de droit et en 2e master d'anthropologie sur le site de Louvain-la-Neuve. La première loue son kot à raison de 360€ par mois, contre 285 € pour la seconde. "La situation est alarmante, confie Emilie. L'université nous a clairement invités à rentrer chez nous pour le confinement. Je suis donc rentrée chez mes parents à Tournai, mais je dois continuer à payer un kot que je n'ai plus occupé depuis quinze jours et dans lequel je ne remettrai plus les pieds avant la mi-mai, au moins. J'ai demandé à mon locataire (NDLR : une communauté de soeurs) une suspension de loyer. Mais j'ai reçu un avis négatif."

Même topo pour Lara, confiée à Pont-à-Celles. "J'ai la chance que ce sont mes parents qui paient le kot, explique-t-elle. Mais ma mère est handicapée et mes deux soeurs malades. Mon père doit tout assumer et c'est assez compliqué comme ça. On se serait bien passé de débourser près de 1.000 euros de loyer pour rien. Mon propriétaire est assez compréhensif. On espère un petit geste de sa part."

Contacté, le syndicat des locataires de Belgique, par la voix de son directeur José Garcia, dit recevoir de nombreuses interpellations d'étudiants de la situation. Avec une question récurrente : peut-on invoquer le cas de force majeure pour ne pas payer son loyer ? "La loi ne fait malheureusement pas de cas particuliers et la situation actuelle en est un, indique-t-il. La règle qui prime, c'est que lorsqu'une personne s'absente du logement qu'elle loue, elle continue à payer. Nous sommes dans la même situation qu'un locataire qui tombe malade et qui est hospitalisé pendant deux mois. Même s'il ne vit plus sur place, il doit payer. Il est difficile pourtant de demander aux locataires de ne plus payer car c'est sur les propriétaires - dont certains doivent aussi rembourser des emprunts - que pourrait retomber la charge."

José Garcia conçoit cependant qu'on est ici dans une situation exceptionnelle. "Et ce n'est sans doute que le début. Et le gouvernement n'a pour l'instant pas pris de mesures pour aider les personnes qui seraient dans l'incapacité de payer ou, comme pour les étudiants, d'occuper un logement qu'ils louent pourtant. On peut aussi prendre comme exemple cette personne qui a acheté une maison mais qui, en raison du confinement, doit rester dans un bien qu'elle loue tout en remboursant son prêt hypothécaire, faute d'avoir pu déménager. Il y a des tas de situations inextricables comme celles-là. En tant que syndicat des locataires, nous allons faire pression sur les différents gouvernements régionaux pour qu'ils prennent des mesures qui protègent les locataires."

Au sein des différentes universités, on indique avoir bien pris conscience de la problématique. Le service logement de l'UCL tente de trouver une soution pour soutenir ses étudiants. "La difficulté de la réflexion en cours est qu'il ne faut oublier aucune piste ni aucun public, confie son directeur, Vincent Bomal. Certains étudiants ont par exemple choisi de faire leur confinement dans leur kot, pour rester sur leur lieu de vie à l'année. Il est donc difficile de prendre une décision universelle. Mais on réfléchit à toutes les solutions. C'est une priorité car nombreux sont les étudiants qui nous contactent. On va essayer de mettre en place des facilités financières à destination de nos étudiants. Mais celles-ci ne sont pas encore définies avec certitude."

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