Société

Le syndicat socialiste publie son traditionnel baromètre socio-économique. Et n’est guère enthousiaste envers le gouvernement Michel.

Alors que le gouvernement Michel sortant s’est, ces derniers mois, félicité d’avoir permis la création de près de 300.000 emplois en cinq ans (des chiffres nuancés par les experts du monde universitaire et économique), la FGTB dresse un bilan beaucoup moins rose de la situation des cinq dernières années, dans son désormais traditionnel baromètre socio-économique. “Les membres du gouvernement clament haut et fort que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes et que l’on doit poursuivre la politique entamée mais la réalité des chiffres prouve que ce n’est pas vers cela qu’on doit aller”, tance le président du syndicat socialiste, Robert Vertenueil.

D’abord car, selon la FGTB, car les performances économiques sont à relativiser. Certes le PIB belge aurait connu une évolution positive mais “cette évolution est négative” au regard de la moyenne européenne, alors qu’elle était encore positive sous Di Rupo, Robert Vertenueil parlant même d’économie “au ralenti”. Le président de la FGTB admet cependant que cette évolution négative est aussi due à “un manque d’anticipation du gouvernement libéral-socialiste”.

En terme d’emploi, là aussi la FGTB se veut intransigeante. Oui, il y a bien eu une croissance de l’emploi. “Mais cette dernière est loin d’être satisfaisante car la Belgique reste en queue de peloton en terme de création d’emplois au niveau européen. Nous sommes le sixième pays le moins bon (+2,5%)”, loin derrière des pays comme l’Espagne (+ 7%) ou le Portugal (+8%). “Nous avons perdu quatre années en termes de croissance économique et de création d’emploi”, déplore la FGTB. Les mesures d’économie, la diminution de l’investissement public et la réduction des salaires ou des avantages ont eu un impact désastreux sur la croissance de notre pays.”

Avec une conséquence directe sur le portefeuille des citoyens. Malgré l’index des rémunérations, les salaires réels (c’est-à-dire la hausse des salaires pondérée par l’inflation) auraient régressé de 2,4 % depuis 2014. “Dans le même temps, ces salaires réels ont progressé de 7 % en Allemagne, et de plus de 3 % en France et aux Pays-Bas.” Quant au salaire minimum, que la FGTB veut porter à 14 € bruts de l’heure (2.300 € par mois), il aurait chuté de 3 % entre 2010 et 2019 alors qu’il aurait progressé de 28 % en Espagne durant la même période, selon les chiffres d’Eurofound. “Outre la Grèce (-16 %), la Belgique est le seul pays de l’Union européenne où le salaire minimum a perdu de la valeur entre 2010 et 2019 !”

Résultat : le nombre de travailleurs considérés comme pauvres est passé de 3,9 % en 2005 à 5 % aujourd’hui. “Auparavant, pour sortir de la pauvreté, on conseillait aux citoyens de trouver un travail, confie Robert Vertenueil. Désormais, avoir un travail ne permet plus forcément de vivre correctement. Plus de 250.000 travailleurs de Belgique sont aujourd’hui considérés comme vivant sous le seuil de pauvreté.”