Les enfants s’inscrivant à l’Institut Marie Immaculée-Montjoie, à Anderlecht, sont invités à montrer qu’ils en ont les compétences.

"On ne connaît rien du parcours scolaire des enfants qui s’inscrivent chez nous mais ont fait leurs maternelles ailleurs. Nos exercices permettent donc de vérifier que ces jeunes maîtrisent les rudiments de ce qu’ils devront faire chez nous. On fait ça au cas où il faut que les enfants se remettent à niveau pendant l’été. Dans 99 % des cas, cela se passe bien. Cette année-ci, il n’y a qu’un élève dont le niveau posait trop de problèmes à nos yeux. La maman était furieuse, mais cela n’allait vraiment pas", explique la direction de la section fondamentale de l’Institut Marie Immaculée-Montjoie (Immi), à Anderlecht, alors que son établissement a mis en place une série de tests pour les enfants candidats à une place en première primaire.

Écriture, mathématiques, psychomotricité, ainsi que discriminations auditive et visuelle : tels sont les champs de compétences pour lesquels les jeunes sont invités à montrer leurs aptitudes. "J’ai déjà été confronté dans le passé à des parents malhonnêtes qui me disaient que leurs enfants étaient des champions. Or on se rendait compte pendant l’année que ce n’était pas le cas. L’idée, c’est bien sûr d’aider les parents à situer le niveau de leurs enfants. Mais, oui, si les résultats sont trop faibles, autant que ces jeunes restent dans l’école où ils étaient en maternelle", explique Marc Vande Weyer, qui dirige la section fondamentale.

Si ce dernier refuse de parler d’un "test" et évoque plutôt un "exercice", telle n’est pas l’interprétation qu’en font certains parents des enfants concernés. En témoigne un mail datant du mois de juin et rédigé par une directrice d’une école communale anderlechtoise à l’attention de son pouvoir organisateur. "Hier, une maman d’une élève de 3e maternelle inscrite chez moi vient m’annoncer qu’elle change d’école car elle a réussi l’examen d’entrée à l’Immi. Je lui demande de quel examen elle parle et elle me répond qu’on a fait passer des tests à sa fille. Je suis choquée qu’un tel examen est proposé aux enfants mais aussi qu’on nous enlève nos élèves qui n’ont pas de difficultés ! J’ai déjà récupéré des élèves de l’Immi qui avaient besoin d’une attention particulière et d’un suivi individuel. Mon équipe a fait un travail formidable avec ces enfants", écrit notamment la cheffe d’établissement, dans le courrier dont La DH a pris connaissance.

Ce mercredi, la députée Isabelle Emmery (PS) a dénoncé les faits au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. "Je suis particulièrement choquée par ces pratiques d’autant plus que notre groupe (NdlR : socialiste) a toujours dénoncé les effets néfastes de la sélection dans les cursus scolaires. J’ai, de plus, l’impression que c’est une forme assez perverse et déloyale de concurrence entre les écoles et les réseaux. Et nous parlons d’élèves de 6 ans, à peine sortis des maternelles !", s’est indignée la parlementaire.

De son côté , la ministre de l’Éducation Marie-Martine Schyns (CDH) a expliqué n’avoir jamais entendu parler de telles pratiques. "La législation est très claire et il n’y a que trois raisons pour lesquelles une école peut refuser un enfant : la limite d’âge, le manque de places ou le refus des parents d’adhérer au projet pédagogique de l’établissement", a insisté la ministre.



"On veut aider les parents"

Marc Vande Weyer, directeur de la section fondamentale de l’IMMi, s'explique sur cette mesure.

"On est une école de quartier et on accueille d’ailleurs chaque année des primo-arrivants. Je n’ai jamais laissé un enfant sans école à la rue. Maintenant, il faut être honnête : tous les enfants aujourd’hui ont déjà une école en 3e année et ne sont donc pas à la rue. Les exercices sont là pour voir s’ils ont le niveau et les compétences. Si ce n’est pas le cas, il vaut peut-être mieux pour ces enfants rester dans leur école actuelle. On vérifie simplement que les enfants ont les compétences de base minimales. On veut aider les parents à situer leur niveau de leur enfant et les parents en sont très heureux !"