Société

Les séances photos de l’association Au-delà des nuages se déroulent dans la chambre de la maman, elles sont gratuites et permettent aux parents endeuillés d'avoir un souvenir tangible de leur bébé. Et cela libère la parole

“Il y a trois ans, j’ai photographié mon premier bébé mort-né. Il avait 22 semaines. Il était tout petit. J’avais été préparée, mais j’étais stressée. Je ne savais pas comment faire. Et puis je suis rentrée dans la pièce. La séance photo s’est bien passée. Comme si j’avais déjà fait cela”. Aurélie Flamant est photographe et membre de l’asbl Au-delà des nuages où elle s’occupe aussi de la communication.

L’association, créée en 2016 en Flandre propose aux parents de photographier leur enfant décédé à la naissance. Depuis avril 2018, elle s’est aussi implantée en Wallonie et Bruxelles grâce au soutien de DELA, spécialisé dans les obsèques. Tout est gratuit.

Au total, 155 photographes professionnels bénévoles travaillent pour Au-delà des nuages. En trois ans, 1 400 bébés ont été photographiés. “Les séances photos se déroulent à l’hôpital, dans la chambre de la maman. Une sage-femme nous appelle pour nous dire que des parents souhaitent immortaliser le moment. Le photographe essaie de passer dans les 24 heures qui suivent l’accouchement”.

La démarche de l’ABSL peut déconcerter. Prendre en photo un mort-né déstabilise. Ces clichés participent pourtant au processus de deuil selon Aurélie Flamant. “Ils sont importants. Le couple se rappelle qu’il est devenu parents, que cet enfant fera partie du reste de leur vie. Il en ressort fier”.

© Au-delà des Nuages

Aurélie Flamant se rappelle de séances photos où les parents criaient, pleuraient. “Voir le chagrin rend la séance plus difficile”. Pour mettre les parents dans de meilleures conditions, le shooting photo débute par un message de félicitations de la part des photographes. “Nous sommes souvent les seuls à le dire. Les parents apprécient”. Au début, les parents n’osent pas toucher leur enfant. Le rôle du photographe est alors important. “On n’a pas le choix, glisse Aurélie Flamant, nous devons entrer en contact avec le bébé. On le nomme directement par son prénom, on le prend dans les bras. Les parents sont tout de suite plus à l’aise. Et osent aller à la rencontre de leur enfant”.

Les clichés sont en noir et blanc, en couleur. Les parents et l’entourage peuvent être présents. Chaque séance est différente, mais il se dégage toujours de l’amour, de la délicatesse et de la bienveillance. Sur une photo, un père est nez contre nez avec son nourrisson qu’il berce dans ses bras. Sur une autre, une maman embrasse le visage de son enfant décédé à environ six mois. Les shooting peuvent durer 10 minutes comme une heure. “On peut ressortir 50 comme 300 photos en une séance”.

L’équipe d’Au-delà des nuages reçoit souvent un message de remerciement de la part des parents. “Ce sont des centaines de mail et de mots. Les parents nous écrivent pour nous dire qu’ils ont gardé un beau souvenir de leurs enfants. Mais surtout qu’ils ont aussi libéré la parole de leurs proches. Grâce aux photos, eux aussi osent parler”. Présente dans une soixantaine d’hôpitaux en Flandre, Au-delà des nuages souhaite être davantage présente en Wallonie où elle travaille déjà avec une vingtaine de centres hospitaliers.

© Au-delà des Nuages