Usine Mox de Belgonucléaire: dans l'atelier du plutonium

Benoît Franchimont Publié le - Mis à jour le

Société Visite d'une usine très protégée

DESSEL Dans la campagne, au bout d'un chemin privé, barré et gardé par des vigiles, l'usine Mox de Belgonucléaire à Dessel (province d'Anvers) a des allures de camp retranché. Trois clôtures, dont une électrifiée, ceinturent le site. Des sas d'entrée ne laissent pénétrer les visiteurs qu'au compte-gouttes, et après un contrôle rigoureux, y compris des bagages passés dans un appareil digne d'un aéroport new yorkais. Même notre photographe a été prié de laisser son appareil hors des ateliers.

Ici, discrètement, on produit le Mox, un combustible pour centrale atomique, composé d'un mélange de plutonium et d'uranium: 40 tonnes par an. Livrés par camions depuis la France (centre de retraitement de La Hague), plutonium et uranium arrivent à Dessel sous forme de poudre. Les matières radioactives sont mélangées (environ 95% d'uranium et 5% de plutonium), transformées en petites pastilles cylindriques, enfilées dans de fins tubes métalliques de 3 m de long. Ces tubes, appelés crayons, seront ensuite fixés entre eux par groupe de plus de 200, pour former un assemblage, prêt à être descendu, avec d'autres, dans le coeur d'un réacteur et se mettre à dégager une extraordinaire énergie.

Equipés de dosimètres, vêtus de salopettes jaunes et de protège-chaussures que l'on change d'une zone à l'autre, nous avons pu visiter les locaux sensibles de Belgonucléaire et voir notamment l'atelier de production. On s'attendait à contempler des robots. Mais ce sont des ouvriers qui assurent l'essentiel des manipulations. Ils travaillent dans des boîtes à gants, ressemblant à de grandes couveuses dans lesquelles ils mettent les mains, protégées par de gros gants hermétiques. Les boîtes à gants sont maintenues en dépression par rapport à l'atelier, qui est lui-même en dépression par rapport au reste de l'usine. Ce qui permet d'éviter une éventuelle propagation de contamination. A chaque fin de manipulation, l'employé pose ses mains sous un détecteur de radioactivité.

Une fois les pastilles enfilées, un ouvrier frotte le crayon avec du papier pour enlever les poussières radioactives puis soude la fermeture, avant que le tube ne ressorte à... l'air libre. `Une fois enfermé dans le crayon, les rayonnements alpha, les plus dangereux, sont arrêtés. Il reste quelques rayons gamma. Mais c'est négligeable´, explique notre guide. Coup d'oeil angoissé au dosimètre...

En sortant des ateliers, passage obligé par le détecteur de radioactivité. Dix secondes de suspense, puis cinq lettres rassurantes clignotent sur la machine. `CLEAN´.

© La Dernière Heure 2002

Benoît Franchimont