La ligne d’écoute pour les victimes de violence conjugale enregistre deux fois plus d’appels qu’en temps normal.

La période de confinement constitue un moment particulièrement critique pour les victimes de violence conjugale. Privées de contacts avec leurs collègues, leur famille et leurs amis, elles sont plus fortement que jamais soumises à l’emprise de leur conjoint.

Selon Jean-Louis Simoens, responsable de la ligne d’écoute pour les victimes de violence conjugale, les effets du confinement commencent à se traduire dans les chiffres. Le nombre d’appels enregistrés est en effet anormalement élevé ces dernières semaines. "On a environ doublé le nombre d’appels reçus par rapport à notre moyenne habituelle. Généralement, on tourne autour de 20 appels enregistrés par jour mais la semaine passée, il y a certains jours où on en a reçu près de quarante."

Selon l’expert, le confinement n’est pas forcément la cause des violences mais agit comme un révélateur et un amplificateur. "Le confinement fragilise encore plus les victimes. Un de leurs grands problèmes est de trouver un moment pour prendre contact avec nous. Des victimes nous appellent parfois du fond de leur jardin ou profitent du moment où leur conjoint fait des courses pour nous appeler. Généralement, elles se trouvent dans un état de stress voire de panique très marqué. Le fait de se retrouver isolée, loin de ses proches est une source d’angoisse importante".

Toutefois, une augmentation des appels ne signifie pas forcément que les faits sont plus nombreux qu’avant le confinement.

"De nombreux proches de victimes nous appellent. On reçoit aussi énormément d’appels de personnes qui veulent se rendre utiles, de psychologues ou de travailleurs sociaux qui nous proposent leur aide."

Du fait du confinement, il encore moins aisé de trouver une place dans une structure d’accueil. Heureusement, de nombreuses initiatives ont été prises pour venir en aide aux victimes. "La plupart des maisons sont complètes et fermées. Et si une personne libère une place, elle n’est pas forcément remplacée. Certaines maisons ont mis en place des sas de quarantaine pour les nouvelles venues. Heureusement, il y a aussi une belle mobilisation pour le moment. Des hôtels ont proposé d’offrir des chambres à des victimes de violence conjugale et de nombreux professionnels et particuliers proposent également leur aide. Les services d’hébergement se sont organisés, les centres de planning familial sont opérationnels. Le secteur se mobilise."

Un hôtel ouvre ses chambres aux victimes

Pour renforcer le dispositif de prise en charge habituel, à un moment où les maisons d’accueil et les refuges arrivent à saturation, la Cocof a mis à disposition un hôtel exclusivement dédié à l’accueil et à l’hébergement de femmes, avec ou sans enfants, victimes de violences au sein de leur cercle familial.

Une convention a été établie entre le Centre de prévention des violences conjugales et familiales et le CPAS de la commune où se situe l’hôtel pour assurer un encadrement psychosocial et garantir la sécurité des femmes hébergées. L’hôtel a une capacité d’accueil de 25 chambres dont des chambres doubles, triples et quadruples ainsi qu’une cuisine et une salle de réunion. Au total, 50 personnes pourront y être accueillies.

Une task force "Violences conjugales et intrafamiliales a par ailleurs été mise en place par la Fédération Wallonie-Bruxelles, la Wallonie, la Région bruxelloise et la Cocof.

© D.R.