Le Doyen des Belges s'éteint dimanche. Le village est en deuil

HOUYET Jamais avant lui, un homme n'avait atteint l'âge de 110 ans en Belgique. Louis Marion s'est éteint dimanche matin, deux mois seulement après avoir fêté son joyeux anniversaire. Un événement fêté en grandes pompes à l'administration communale de Houyet en présence de la bourgmestre Marie-Claude Lahaye-Absil et du gouverneur de la Province, Amand Dalem, mais aussi de nombreux sympathisants. Faut dire que, ironie du sort, l'avant-veille du jour J, il avait décroché un nouveau record en devenant rien moins que le doyen des Belges!

Fils cadet d'une famille de cinq enfants né à Petite-Hour, le 10 octobre 1893, sous le signe de la balance, Louis Marion a toujours vécu à Petite-Hour, un hameau d'une dizaine d'âmes du village de Hour (de l'entité de Houyet en province de Namur).

C'est là dans la ferme familiale qu'il dédia toute sa vie aux travaux des champs, d'abord avec sa maman et ses quatre soeurs, puis dès 1924 avec son épouse, Céline Lotin, de 12 ans sa cadette. La première fois qu'il l'avait aperçue, elle était communiante. Et il avait dit: «Celle-là, je l'attendrai» . Pacte conclu, et respecté: et en 1926, leur fils aîné pointe le bout de son nez, suivi de sept autres enfants. Ils l'ont sacré 18 fois grand-père et 32 fois arrière-grand-père

Fait assez rare pour être souligné: Louis Marion n'a jamais quitté Hour qu'à deux reprises: pour son service militaire et son voyage de noces.

Travailleur passionné, plutôt meneur dans l'âme, il militait au sein d'organismes agricoles, avec un optimisme d'airain. C'est ainsi qu'en 1975, alors qu'un incendie ravageait sa ferme, réduisant en cendres tous ses documents, il dit aux siens: «Ça ne sert à rien de se lamenter, on recommencera!»

Récemment encore, il suivait de près le cycle des semailles et des moissons, entouré de l'affection et des soins quotidiens de deux de ses filles. Et son optimisme n'était pas entamé, malgré les chamboulements qui touchent à la Famille et les crises agricoles qui lui mettaient le coeur en berne. «Il faut bien suivre l'évolution» , pensait-t-il. Son hobby préféré? Les journaux télévisés du soir qu'il ne ratait pour rien au monde.

En juin dernier, Louis avait contracté une pneumonie qui avait affaibli quelque peu ses forces et le rendait moins disert que par le passé.

Mercredi, dernier jour de l'an et d'une longue vie bien remplie, Louis franchira à 10 h 30, une ultime fois le parvis de l'église de son village qu'il affectionnait par-dessus tout.

© La Dernière Heure 2003