Destiné à devenir le troisième roi des Belges, le prince Baudouin est peu connu. Une bio intitulée Le prince Baudouin. Frère du Roi-Chevalier vient de paraître

FAMILLE ROYALEBELGIQUE L’historien Damien Bilteryst vient de sortir une biographie du prince Baudouin. Intitulé Le prince Baudouin. Frère du Roi-Chevalier, ce livre est le fruit d’une longue et très documentée recherche. Damien Bilteryst a en effet analysé des milliers de lettres appartenant à des collections privées, les archives familiales de descendants des amis de la famille des comtes de Flandre ou de leurs officiers d’ordonnance.

Baudouin, Léopold, Philippe, Marie, Charles, Antoine, Joseph, Louis, duc de Saxe, prince de Saxe-Cobourg-Gotha et prince de Belgique voit le jour le 3 juin 1869 à Bruxelles dans la résidence de ses parents, aujourd’hui le siège de la Cour des comptes. Il est le premier enfant du prince Philippe et de la princesse Marie, comte et comtesse de Flandre.

Quatre mois avant sa naissance, son cousin le prince Léopold de Belgique, fils du roi Léopold II, décède des suites de complications pulmonaires. Baudouin sera donc un jour le troisième roi des Belges. Son décès à l’âge de 21 ans enverra quelques années plus tard son frère Albert sur le trône. Rencontre avec l’auteur Damien Bilteryst.

Comment expliquez-vous que le prince Baudouin soit le grand méconnu de l’Histoire de la dynastie belge ?

“Parmi les membres de toutes les dynasties, l’Histoire ne retient généralement que quelques noms. Pour la dynastie belge, le 19e siècle est avant tout celui des deux premiers Rois : Léopold 1er et Léopold II. On connaît également Charlotte, l’éphémère impératrice du Mexique, mais le comte de Flandre (frère de Léopold II) et son fils Baudouin sont habituellement oubliés. Ils ne figurent bien souvent dans les généalogies que pour expliquer la succession après trois décès successifs entre Léopold II et Albert 1er. Le comte de Flandre est généralement passé sous silence en raison de sa discrétion sur la scène publique. Baudouin, lui, est oublié en raison de son décès prématuré.”

Baudouin a grandi au sein d’un foyer heureux, ce qui n’était pas le cas pour ses cousins, enfants du roi Léopold II et de la reine Marie-Henriette. Cela a-t-il influencé son éducation ?

“Très certainement. Baudouin a eu la chance de vivre une enfance matériellement et affectivement privilégiée auprès de parents qui se respectaient. En ce qui regarde l’instruction, je distinguerais les rôles : le comte de Flandre déléguait toutes les responsabilités éducatives à la Comtesse. C’est elle qui supervisait l’éducation de ses quatre enfants dispensée par des gouverneurs et des gouvernantes comme cela était de mise dans les milieux aristocratiques. Au point de vue de sa personnalité et de son caractère, Baudouin a hérité de son père une ironie fine et de sa mère une intense religiosité. Il a également été très influencé par Jules Bosmans, son premier gouverneur, et par Oscar Terlinden, son gouverneur militaire devenu son mentor et son ami.”

Quels étaient ses rapports avec son oncle le roi Léopold II à qui il aurait dû succéder ?

“Des rapports complexes. Baudouin, fondamentalement attaché à son pays, respectait le Roi en tant que monarque. Il jugeait cependant sévèrement la vie privée de son oncle et manifestait les mêmes réserves que ses parents au sujet de différentes questions politiques, comme celle de la colonisation du Congo. Sur d’autres sujets, oncle et neveu se sont opposés. Ainsi Léopold II voulait-il absolument que Baudouin se rende en Grande-Bretagne, mais jamais son neveu n’obtempérera.”

Le prince Baudouin intègre l’École royale militaire. Une première pour un membre de la famille royale. L’influence du roi Léopold II ?

“Bien entendu, c’est le Roi qui a décidé de l’intégration de Baudouin à l’École royale militaire, même si officiellement Léopold II laissait entendre que son frère était à l’initiative de ce fait sans précédent pour un prince belge. Dans tous les aspects de sa vie officielle, il faut voir la volonté du Roi.”

En tant qu’héritier, comment était-il perçu par la population ?

“Baudouin jouissait d’une grande popularité dans divers milieux : il plaisait aux catholiques et était aimé dans l’armée et tout particulièrement parmi les régiments des grenadiers et des carabiniers où il avait servi. Les monarchistes voyaient en lui un prince de grande qualité (ils n’avaient d’ailleurs pas tort). Lorsqu’il entre dans la vie publique, Baudouin assiste à un changement de société. Le Parti ouvrier belge se constitue en 1885 et son organe officiel Le Peuple ne ménage pas le Prince. Il fustige non pas directement sa personne, mais le rôle que le Roi lui demande de jouer, soulignant sa prétendue immaturité et sous-entendant son incapacité à commander les armées. La biographie analyse la presse des années 1880 et il est fort amusant de voir comment un même événement est traité en fonction de la sensibilité politique du journal.”

Parlez-nous de sa mort à 21 ans et des rumeurs qui ont circulé à ce sujet.

“La cause du décès du Prince en janvier 1891 est naturelle. En quelques jours, le jeune homme est emporté par une pneumonie à une époque où l’arsenal thérapeutique était impuissant à juguler des pathologies aujourd’hui faciles à soigner. Je ne vais pas trop m’étendre sur les rumeurs qui ont entouré son décès : ce serait les raviver alors qu’elles sont infondées, comme le démontrent les documents tout à fait inédits analysés dans la biographie : agenda de la comtesse de Flandre décrivant au jour le jour les progrès fulgurants de la maladie de son fils, diverses lettres et un témoignage découvert très récemment grâce à l’obligeance du baron Bernard Snoy qui a autorisé la publication du journal intime de son aïeule, dame d’honneur de la comtesse de Flandre, laquelle a assisté aux derniers instants du Prince.”

Le Prince avait-il des projets de mariage ? On a souvent évoqué le dessein du roi Léopold II de l’unir à sa fille cadette la princesse Clémentine.

“Divers projets de mariage ont été envisagés pour Baudouin. Je laisse les lecteurs les découvrir dans sa biographie. Certains sont très surprenants… Quant à Clémentine, elle était amoureuse de son cousin, mais ce dernier ne partageait absolument pas ses sentiments, au grand dépit du Roi et de la Reine. Les lettres de Clémentine sont touchantes; quant à la correspondance de Baudouin, elle ne laisse aucun doute sur une indifférence amoureuse totale. Il voyait en sa cousine une bonne camarade, rien d’autre.”

Quel Roi aurait-il fait ?

“Même s’il est hasardeux de répondre à cette question, il est bien naturel de se la poser et intéressant de tenter d’y répondre. Nous avons de lui une dizaine de rédactions relatives à la question sociale et à la vision quelque peu paternaliste qu’il exprimait. Au point de vue politique, n’oublions pas que la Constitution limite les pouvoirs royaux. L’action royale de Baudouin n’aurait pu différer grandement de celle de son frère. On peut toutefois supposer que Baudouin aurait manifesté une religiosité plus visible et donné un caractère plus grandiose aux cérémonies officielles. Baudouin aimait davantage les fastes entourant la royauté et les parades militaires que son frère, plus simple de goûts. D’autre part, il est évident que Roi durant la guerre 1914-1918, il aurait agi comme son frère le roi Albert 1er l’a fait. Baudouin était avant tout un patriote ardent.”

Interview > Régine Salens

en savoir plus Le prince Baudouin. Frère du Roi-Chevalier, par Damien Bilteryst. Éditions Racine, 2013, 336 p.