Sept patients sur dix ne sont pas totalement guéris

BRUXELLES A la fois surprenant et inquiétant. Dans sept cas sur dix, le traitement mis en oeuvre pour traiter les patients dépressifs aboutit à un résultat insatisfaisant. Non pas qu'aucune amélioration ne soit enregistrée, mais la prise en charge n'aboutit pas à la rémission, c'est-à-dire la guérison complète.

C'est à cette conclusion qu'aboutit l'étude Oreon, réalisée, en Belgique, auprès d'un échantillon de quelque 1.400 patients, suivis par trois cents médecins généralistes et soixante psychiatres. Cette enquête, conduite à l'initiative des laboratoires Wyeth, a été soutenue par un comité scientifique regroupant un panel d'universités.

«L'enseignement majeur, c'est qu'il est nécessaire de se fixer des objectifs ambitieux», intervient le Pr Marc Ansseau, neuropsychiatre au CHU de Liège. «Les praticiens doivent garder à l'esprit que des problèmes résiduels peuvent persister, même si le patient semble aller mieux. Il convient de s'attacher à résoudre ces dernières difficultés, qui empêchent la guérison définitive et qui sont source de rechutes.»

Que le dépressif soit soigné par un généraliste ou un psychiatre ne change finalement pas grand-chose. Et on apprend que l'immense majorité des patients continuent à souffrir trois mois à un an après le début du traitement d'anxiété, d'humeur dépressive, de problèmes physiques, alors qu'ils accusent une perte de productivité.

«Un patient qui affirme qu'il va bien n'est pas forcément guéri», poursuit le Pr Ansseau. «Le médecin doit aller au-delà. Ceci étant, tous les cas ne peuvent pas être totalement résolus, alors que la dépression reste une pathologie extrêmement complexe, dont certains aspects fondamentaux n'ont été mis en évidence qu'il y a peu». Pas de recette miracle, donc, sachant combien la maladie renvoie à des situations éminemment personnelles. Toutefois, cela n'empêche pas d'avancer. Un programme de formation a ainsi été organisé dans le prolongement de l'étude Oreon et permettra aux médecins généralistes et psychiatres de partager leurs expériences par le biais d'Internet. Et ceci, on l'espère, pour le plus grand bénéfice des patients.

© La Dernière Heure 2004