Le capital. Un fond intéressant mais une forme bien trop caricaturale

RÉSUMÉ. Bombardé à la tête d’un empire bancaire en dépit de son inexpérience, Marc Tourneuil (Gad Elmaleh) ne tarde pas à mordre la main qui l’a nourri. Et à se comporter comme le pire des requins. Histoire de s’assurer des primes mirobolantes, il engage d’abord un gigantesque plan social que rien ne justifie en dehors de son insatiable appât du gain. Devant les caméras, ses discours se veulent rassurants, mais en coulisses il n’hésite pas à passer des alliances douteuses avec certains actionnaires pour augmenter rapidement sa fortune personnelle. Sans se soucier des lois, de l’éthique ou de quoi que ce soit. Et encore moins des gens : violer une top model ou mettre au chômage des milliers de familles ne lui pose pas le moindre état d’âme.

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NOTRE AVIS. Mais qu’est-il arrivé à Costa-Gavras ? Le réalisateur de Z, L’aveu, Music Box ou Amen semble tellement décidé à dénoncer les magouilles scandaleuses de la grande finance, seule responsable à ses yeux de la crise que nous traversons, qu’il en oublie de faire un film de son pamphlet. Pas la moindre nuance (tous les personnages sont réduits au rang de caricatures assoiffées d’argent), guère plus d’émotion ou d’humanité : il tourne au bulldozer pour bien enfoncer dans les crânes que les vrais gangsters contemporains sont les grands actionnaires des empires mondiaux, ces voyous en chemises blanches”. Comme si cela ne suffisait pas, les ellipses et autres sous-entendus sont balayés au profit de tirades si explicites qu’elles sonnent faux.

En salopard fini à l’égoïsme froid, Gad Elmaleh surprend, épate parfois, mais ne convainc pas non plus totalement. À l’image du scénario, il est un peu trop uniforme, monolithique, cantonné dans un registre qui mériterait une humanisation pour ne pas seulement susciter le dégoût.

Sur le fond, Le capital (jolie référence au marxisme et au capitalisme sauvage) est plutôt intéressant, même s’il enfonce pas mal de portes ouvertes. Mais sur la forme, c’est assez insupportable.

Patrick Laurent

Le capital

Drame

Réalisé par Costa-Gavras

Avec Gad Elmaleh, Natacha Régnier, Bernard Le Coq, Gabriel Byrne

Durée 1h53