Chaque parti place

ses pions en prévision

des débats budgétaires

BRUXELLES Il est des confrontations qui, lorsqu'elles font un four, n'en sont que plus intéressantes. Le débat, lundi matin sur la RTBF-radio, entre le président du PS Elio Di Rupo et celui du VLD Karel De Gucht, a, dans ce cadre, de grandes chances de passer à la postérité.

C'est qu'après avoir rivalisé d'invectives entre eux ou à l'égard de propos de leurs hommes forts respectifs (sur le droit de vote des non-Européens que le VLD refuse, sur le projet d'amnistie des repentis que le PS rejette, sur le rôle du privé lors de la faillite de la Sabena...) fin 2001, les deux hommes, cette fois, ont quasiment donné le sentiment d'avoir réveillonné ensemble!

Le ton n'était pas seulement à l'aimable embrassade sous le gui. Il était également aux bonnes résolutions. Et à l'ouverture au dialogue, démontrant que, contrairement à ce que d'aucuns ont pu tenter de faire croire, la volonté d'achever la législature sans retour précipité aux urnes est plus vivace que jamais.

Si une majorité alternative (avec le PSC) devait voter, au Parlement, l'octroi d'un droit de vote aux non-Européens pour les communales, M. De Gucht se refuse de parler de crise. Mais le gouvernement est composé de partis responsables, d'ailleurs gouvernés et présidés par des présidents responsables, assène-t-il, ajoutant: Je pense qu'on va bien trouver une solution.

Comme réviser la Constitution pour transférer aux Régions le pouvoir de décider d'élargir ou non le droit de vote? Au PS, on n'y croit guère. Chez Ecolo, on en redoute les relents fédéralistes, parlant de solution de repli si le débat en cours au Parlement n'aboutit pas.

Elio Di Rupo, lui, a mis un peu d'eau dans son vin sur les repentis. Si le collège des procureurs du Roi lui en démontrait l'utilité, dit-il, il serait prêt à revoir sa position.

Porte grande ouverte, donc? Pas forcément. Car rien ne dit que le collège aille en ce sens. Et si c'était le cas, Di Rupo provoquerait un débat au Bureau afin de trancher.

Reste que chacun, donc, montre des signes de bonne volonté. Tout en plaçant ses pions en prévision du débat budgétaire qui s'annonce.

L'heure est aux prémices et à la mise en garde du genre: Si vous touchez à tel sujet qui m'est cher, sachez que j'exigerai qu'on en fasse de même sur vos dadas.

Il n'est donc pas innocent d'avoir vu l'écolo Philippe Defeyt (dans la DH) et le socialiste Elio Di Rupo (à la RTBF et à La Libre) laisser entendre qu'on pourrait étaler dans le temps la réforme fiscale chère aux libéraux si, d'aventure, on manquait à ce point de moyens qu'il faille envisager de toucher à d'autres secteurs, comme le social.

Cela durera jusqu'à ce qu'on arrête le montant précis d'économies à réaliser. Et qu'on puisse alors se mettre autour de la table. Les écolos confirmant (DH de lundi), eux, qu'un déficit de 250 millions d'€ (10 milliards de FB) ne serait pas, à leurs yeux, catastrophique.