Le Studio Berger loue des chambres aux couples qui veulent s'aimer en toute discrétion

BRUXELLES Le temps semble s'être arrêté au milieu des années trente, au Studio Berger. Boiseries aux murs, plancher grinçant, atmosphère intimiste et feutrée, le tout dans un mélange de style art déco et populaire: le petit hôtel bruxellois n'a rien perdu de son charme d'antan. Pas de réception à l'entrée: il faut emprunter l'ascenseur jusqu'au premier étage et attendre que la femme de chambre vienne vous chercher. De même, un jeu d'ascenseurs permet de sortir incognito par la rôtisserie mitoyenne. Le Studio Berger n'a rien d'un hôtel ordinaire. Il pourrait être un décor de cinéma. Il est celui de fugaces instants d'amour.

«L'entrée de l'hôtel est strictement interdite aux mineurs et aux femmes de moeurs légères», rappelle une affichette apposée sur la porte d'entrée. L'établissement n'est ni un hôtel de passe, ni un lieu de perdition. «Nous offrons des locaux confortables, tranquilles et discrets où les clients peuvent s'aimer. Il s'agit seulement de couples désirant passer quelques heures ensemble», explique le gérant Freddy Martens.

Créé en 1935, l'hôtel a résisté aux années et aux tabous. Affichant presque toujours complet, il abrite discrètement des relations adultères ou légitimes, éphémères ou stables. «La journée, principalement des employés de bureau, qui viennent en ville pour le travail et en profitent pour se rencontrer et donner libre cours à leur amour. Le soir, également des jeunes couples qui ne peuvent pas se rencontrer chez eux à cause de leurs parents, par exemple», explique Nicole Custodero, femme de chambre et gardienne des lieux depuis 23 ans. Les couples occasionnels ou libertins ne représentent qu'un faible pourcentage. «Depuis le temps, je remarque une certaine stabilité. Certains clients sont fidèles dans leur infidélité: ils viennent avec la même personne depuis 15 ans!»

L'hôtel est un véritable labyrinthe. Si les 50 chambres ont été conçues dans l'esprit de 1925, elles possèdent chacune un charme particulier. Nombreux sont les habitués à réserver systématiquement la même. «La n°73 est la plus prisée. Ses tons doux, sa lumière rose et sa grande baignoire séparée par un rideau légèrement translucide opèrent un effet certain»

Régulièrement, les clients distraits «ou trop amoureux» oublient dans leur nid d'amour lunettes, bijoux, voire alliances pouvant trahir leur union momentanée. Mais leur secret sera bien gardé. La discrétion, l'accueil et la propreté ont bâti la réputation du Studio. «Il règne ici un climat de confiance et de confidentialité. Il se crée des liens et des échanges. Certains couples me confient leurs sentiments ou me rapportent des anecdotes», témoigne Nicole. Bien plus que femme de chambre, elle devient une véritable confidente, une complice.

Pour Freddy Martens, le Studio offre bien plus encore. A ses yeux, l'hôtel remplit un rôle d'utilité publique. «Nous permettons à des hommes et des femmes qui ont envie de passer un moment agréable en couple de se rencontrer dans un endroit propre et sain, leur permettant ainsi de trouver un équilibre et à leur couple de perdurer. Ces choses-là sont inhérentes à la vie et à l'amour: nous les aidons simplement à se réaliser.»

© La Dernière Heure 2003