Marc Toussaint disposait d'infos sérieuses

BRUXELLES La gendarmerie a-t-elle raté le coche dans l'affaire Habran, du nom de ce vieux cheval de retour, interpellé ces derniers jours en France (la DH de mardi et mercredi) sur commission rogatoire (il est soupçonné d'être impliqué dans des braquages de fourgons commis au grand-duché de Luxembourg)?

Depuis février 1997, le commandant en second de la brigade de gendarmerie d'Uccle, François Toussaint, un redoutable enquêteur de terrain, avertit la BSR de Bruxelles de ce que Marcel Habran et certains de sa bande se préparent à attaquer des fourgons. Toussaint dispose d'informations précises. L'attaque fourgon devrait avoir lieu demain, mercredi 12 février 1997, sur un transport GMIC, après le Cora, à Rocourt. Citant un informateur - que nous connaissons mais dont nous ne dirons évidemment rien - , Marc Toussaint donne des détails. Notre informateur nous précise encore avoir vu ce soir à..., deux armes de type fusils-mitrailleurs (une kalachnikov et une petite mitraillette comme les nôtres, Uzi). Ce sont deux rapports qui seront transmis à la BSR. Dès réception du premier, la BSR demande à Toussaint de revoir l'informateur et d'affiner l'information. Le second rapport donne la date de l'attaque. Réaction à ce deuxième rapport: la BSR procède, le jour dit, à une vague de perquisitions dans le milieu des braqueurs... Des perquisitions qui, arrivées peut-être un peu tôt, ne donneront rien. Et il n'y aura pas d'attaque fourgon ce jour-là. Selon l'informateur de Toussaint, les braqueurs ont changé d'avis à cause des perquisitions, persuadés qu'il y avait eu une fuite. Un mois plus tard, toutefois, des braqueurs - dont on sait qu'ils étaient liés à la bande des braqueurs de fourgons - s'attaquaient à un distributeur de billets... à Rocourt. Sur place, on retrouvera une mitraillette Uzi.

Dans les mêmes rapports, Toussaint signalait que, selon son informateur, l'un des bras droits d'Habran, Constant Hormans, toujours recherché, serait planqué dans un local situé au-dessus du bistrot La Plume dans les Marolles, à Bruxelles. Hormans sera arrêté à La Plume un an plus tard... par la PJ de Bruxelles!

Traité de fou, d'affabulateur par sa hiérarchie, accusé d'avoir violé le secret professionnel dans le cadre d'une autre enquête, au moins aussi importante que celle des fourgons, Toussaint, dégoûté, a quitté la gendarmerie. Pour l'avoir rencontré à plusieurs reprises, nous savions que Toussaint n'était ni un fou ni un menteur. Les faits semblent lui donner raison.