Il avait toujours refusé de mourir à l’écran pour ne pas faire de la peine à son public

Fernandel s’était aussi acheté une propriété de rêve à Carry-le-Rouet, non loin de Marseille, où il avait son bateau, le Caméra. Un jour, il fit une chute en montant sur le bateau. Le kyste qui apparut sur sa poitrine ne l’inquiéta qu’au bout d’un temps : il ne partait pas. Alors, Fernandel consulta. Sa famille apprit qu’il souffrait d’un cancer de la poitrine, mais on le lui cacha. Il n’en a jamais rien su.

Les premiers signes de la maladie se sont probablement manifestés en 1966, alors qu’à Lyon, il tournait Le voyage du père. Fernandel dut rester alité à la suite de coliques néphrétiques. Un an plus tard, il achevait L’homme à la Buick et, pour la première fois depuis 1930, alors qu’il avait aligné 149 films quasiment sans s’arrêter, il décida de ne plus tourner pendant trois ans. Il n’y avait pas que son état de santé déclinant : l’acteur était décontenancé par ce cinéma différent qu’on appelait la Nouvelle Vague. Par ailleurs, des nouveaux venus, Bourvil et Louis de Funès, commençaient à faire de l’ombre à l’incontestable comique numéro un depuis la mort de son ami Raimu en 1946.

Alors, Fernandel occupa les années 60 à varier les plaisirs. Déjà en 1965, il était remonté sur les planches du music-hall, chez lui à Marseille, pour un spectacle où il présentait son fils, Franck Fernandel. Ce furent ses adieux à la scène française.

Il prépara aussi son premier vrai show télé, un Palmarès pour Guy Lux. Pour venir avec son fils, il avait obtenu 600.000 francs français. L’équivalent de 90.000 euros…

En 1968, à 65 ans, il prenait l’avion, pour la première de sa vie ! Il partait à New York où il remplit le Carnegie Hall et à Montréal, le Théâtre des Arts. Il rentra à Paris le 3 mai et, à quelques jours des événements de Mai 68, il était reçu par le général de Gaulle. À la fin de 1968, Fernandel fit son grand retour au théâtre avec la pièce Freddy. Auparavant, son unique apparition au théâtre datait de 1949.

Au début de 1970, il se décida enfin à revenir au cinéma : Heureux qui comme Ulysse sera son dernier film. Et son dernier disque, à la même époque, Si tu touches à mon oiseau, était une réaction au succès de la comédie musicale Hair. La chanson fut interdite d’antenne à l’ORTF.

Le 24 juin 1970, il était reçu par le président Pompidou. Et en juillet, il retrouvait le personnage de Don Camillo. Mais le tournage du sixième film de la série dut être arrêté : Fernandel souffrait d’une pleurésie. Il devait observer trois mois de repos. Il rentra à Marseille où il fut hospitalisé. En octobre, il regagnait son appartement parisien, au 44 de l’avenue Foch (lorsqu’il y emménagea en 1963, la Callas habitait en dessous de chez lui). Là-bas, ses visiteurs furent Marcel Pagnol et Jean Gabin.

Le 26 février, il fut pris d’une crise d’asthme fatale. Il était 16 heures 15 lorsque celui qui n’avait jamais accepté de mourir à l’écran, pour ne pas faire de la peine à son public, perdait la vie. Fernandel avait 68 ans.