Après la décharge, la RTBF braque ses caméras sur la police de proximité. A voir ce soir (21 h 35) sur La Une

FLOBECQ C'est un euphémisme de dire que la commune du ministre Rudy Demotte inspire Philippe Dutilleul, l'ex-strip-teaseur du défunt magazine satirique de la RTBF.

Après avoir déjà consacré deux reportages sur la décharge du Radar, à l'origine d'une saga tragi-comique opposant des militants écologistes à l'exploitant Marcel Fort, le brillant reporter tournaisien s'est attardé dans ce beau Pays des Collines avec son équipe de Tout ça ne nous rendra pas le Congo.

Sans totalement rompre avec le climat alimenté par les enjeux environnementaux entourant le nauséabond dossier de la Houppe, Philippe Dutilleul s'est offert une respiration en suivant durant six mois deux policiers flobecquois dans l'exercice de leurs missions champêtres. Le réalisateur n'en a pas pour autant uniformisé ce ton impertinent qui le caractérise. Contrairement à ce que pourrait faire croire son titre, Poulets de campagne, à voir ce mardi 13 décembre sur La Une à 21 h 35, la trame de ce documentaire de 52 minutes ne s'articule pas autour des effets potentiellement néfastes de la grippe aviaire.

«Cela faisait longtemps que j'avais ce sujet au frigo, l'idée étant de montrer une image du flic radicalement différente de celle généralement véhiculée à travers les médias. Le film dévoile le quotidien de deux policiers atypiques au coeur d'une zone rurale où il ne se passe pas grand-chose, en apparence du moins», explique notre confrère. Bref, les scènes tournées dans l'entité de Flobecq se situent à 100.000 lieues des émeutes ayant récemment embrasé les banlieues françaises.

«S'il fallait décrire l'ambiance générale des séquences, on pourrait dire qu'il s'agit de l'anti Reporter (RTL- TVI) où les forces de l'ordre sont toujours prêtes à dégainer, où tout est prétexte à faire hurler les sirènes et à jouer du gyrophare!» Rien à voir donc avec l'inspecteur Harry et les polars américains laissant planer un insoutenable suspense.

On fera plutôt référence ici à Jacques Tati et à Monsieur Hulot, voire à une version bucolique de C'est arrivé près de chez vous, expurgée de son concentré de violence et d'effusion de sang, mais qui préserve cet humour décalé cher à Poelvoorde.

Petites incivilités

D'un réalisme absolu, Poulets de campagne dépeint la police dans ce qu'elle a de plus noble. Pour une fois, on ne braque dans ce décor champêtre que des caméras avec la complicité de deux agents de proximité, lesquels partagent le casting avec des habitants du terroir (de sacrés personnages plus attachants les uns que les autres) et la quasi-totalité des animaux de la ferme. Le tout sur fond de querelles de voisinage, de disputes conjugales, d'actes de vandalisme et de tout un panel bien choisi de petites incivilités.

«Yves Eeckout et Vincent Amand forment un tandem assez complémentaire. Leurs rapports avec les gens sont très intéressants. Sans renier leur formation de gendarme, ils jouent un peu un rôle d'assistant social. Les situations auxquelles ils sont parfois confrontés les amènent à faire preuve de compassion et d'humanisme.»

Hormis quelques prises de bec, Flobecq ne sera jamais Chicago

© La Dernière Heure 2005