Une oeuvre de l'artiste tournaisienne Sophie Ronse trône à Antoing

ANTOING Quelques pas dans le beau cimetière d'Antoing et légèrement sur la droite, en évidence, une oeuvre d'art qui s'intègre parfaitement au paysage ambiant, dans le calme, sans rien bousculer. Serait-ce là le balbutiement d'une mode nouvelle?Pas si sûr.

Sophie Ronse avait reçu le prix artistique de la Ville d'Antoing, qui avait réalisé l'acquisition d'une oeuvre de l'artiste. Restait encore à lui trouver un lieu d'emplacement idéal. Avec Vincent Bertholet, directeur du foyer socioculturel d'Antoing, l'artiste a donc cherché et réfléchi. Mais appel a été fait aussi à Jacky Legge, éminent spécialiste des monuments funéraires.

«En réalité, le meilleur endroit qu'ils avaient trouvé se situait dans le cimetière d'Antoing, indique Jacky. Il fallait allier sécurité et visibilité. D'abord voir si l'oeuvre pouvait trouver un certain épanouissement dans l'entité, et ensuite faire en sorte qu'elle soit malgré tout accessible tout en restant à l'abri d'une éventuelle destruction. L'architecte Christian Gobert a donc intégré l'oeuvre dans cet ensemble. Et le résultat est à la hauteur des espérances.»

Histoire intime de l'artiste

Sophie Ronse est une artiste de la cité des Cinq Clochers. Elle a reçu un prix également avec cette céramique en Italie, à Faenza. Cette oeuvre, intitulée Morphea, est tout à fait spéciale. Son implantation dans un cimetière n'est pas exceptionnelle puisque la démarche se développe de manière visible. L'art pénètre de plus en plus souvent au cimetière.

«La céramique a en plus sa place dans un espace destiné aux enterrements, aux inhumations. La terre traitée par le feu se justifie dans un lieu chargé de mémoire. La sculpture me faisait penser à un arbre lorsqu'elle était exposée au foyer. Ici, dans ce beau cimetière urbain, elle me fait songer à l'envol d'un phénix», poursuit Jacky. «L'oeuvre est élévation, reliance entre le registre terrestre et le domaine céleste, entre l'homme et ce qui le dépasse. Elle est reliance comme l'arbre de vie, la colonne. Elle prolonge la symbolique funéraire bien présente dans cette nécropole. Nombre de monuments anciens font preuve d'une recherche artistique et symbolique de grande qualité et d'un traitement artisanal difficilement imaginable aujourd'hui, surtout eu égard au coût qu'une telle production peut entraîner.»

L'oeuvre de Sophie Ronse acquise par la Ville d'Antoing est donc intégrée dans un lieu du souvenir. «L'oeuvre est un credo personnel pour une artiste pétrie par son histoire intime. Elle entretient pour elle la mémoire d'un être cher et proche trop tôt disparu.»

Pour Jacky Legge, cette oeuvre renoue surtout avec la tradition du monument singulier des XVIIIe et XIXe siècles, liée à l'édit de Joseph II, au code napoléonien et à la législation de la jeune Belgique. «La tombe était aussi support à l'édification morale, la morale restant sujette à de nécessaires et constantes remises en question». À méditer

© La Dernière Heure 2005