Les Etats-Unis font face à une fronde mondiale suite aux révélations sur la NSA

Les récentes révélations de la presse anglo-saxonne font, une fois de plus, de l’ombre aux promesses d’un président Obama décidément très décrié. Car après les attaques de drones dans des pays souverains, il se serait volontiers passé d’un nouveau dossier d’ingérence.

Cela ne concerne pas tant les écoutes téléphoniques via la firme Verizon. Quoique l’Agence de Sécurité Nationale (NSA) ait obtenu un étrange mandat pour collecter des données sur les abonnés, cette affaire-là semble se cantonner du côté américain.

Ni d’ailleurs le sort d’Edward Snowden, le désormais ex-consultant de la NSA. Certes la semaine dernière aura été marquée par une longue polémique sur sa potentielle extradition, voire sa demande d’asile politique. Cependant la source providentielle du Guardian et du Washington Post a déjà fait sa part dans l’actualité.

Plus remarquable en revanche : le système Prism. Grâce auquel la NSA a pu collecter des dizaines de milliards d’informations sur des millions d’internautes américains et étrangers.

L’Europe est rapidement montée au créneau en demandant des explications à son partenaire d’outre-Atlantique. La Commissaire européenne Viviane Reding, notamment responsable de la protection de la vie privée, s’est dite satisfaite de la discussion qu’elle a eue avec Eric Holder, ministre US de la justice.

Un groupe d’experts sera réuni pour échanger des informations. Histoire de ne pas oublier que si les Etats-Unis d’Obama n’ont pas dérogé à la ligne politique de son prédécesseur en terme de lutte contre le terrorisme, les citoyens ont aussi des droits fondamentaux. Qui incluent d’ailleurs la protection de leur vie privée.

Cela dit, certains députés européens ont déjà fait savoir leur scepticisme vis-à-vis d’une telle initiative. Et le Parlement a rappelé que les négociateurs qui devront plancher sur un accord commercial USA/UE ne doivent pas oublier cette part du débat. D’autant plus à l’heure où les technologies font partie du quotidien de chacun.

En Chine, même son de cloche, mais moins visible. Des discussions sont déjà en cours – ce qui joue notamment dans le cadre d’une possible extradition de Snowden.

Les grands acteurs du web se sont, eux, insurgés contre Prism. Et se sont tout à coup mis à communiquer le nombre de demandes d’informations reçues de la part des services de renseignement américains. Facebook en a dénombré près de 10.000 lors du second semestre 2012. Microsoft entre 6 et 7.000 dans le même laps de temps.

De nombreuses raisons ont été avancées par les enquêteurs, du délit mineur au terrorisme, pour justifier ces requêtes. Dont le nombre d’acceptations n’a pas été divulgué. Si bien que, comme le sort de Snowden – en faveur duquel des manifestations ont éclaté à Honk Kong notamment – l’ampleur de cet espionnage demeure mystérieuse.

Les discours de l’administration américaine le sont beaucoup moins. “Non seulement le Congrès est au courant, mais en plus la justice doit autoriser” ces écoutes, a rappelé Barack Obama vendredi. Prism jouit de la même protection. D’autant qu’il aurait permis de déjouer “dizaines d’actes terroristes […] ici et à l’étranger”, selon le président.

Malgré les protestations et les justifications, l’impossible consensus quant à savoir si Snowden est un héros ou un traître, un agent double ou un idéaliste, une question n’a toutefois pas été posée, occultée par le débat juridique inhérent à l’espionnage. Celle de savoir si l’espace numérique et sa mémoire des données peut encore être associée à une valeur traditionnelle : le respect de la vie privée.

J.-B. M.